Interview - "Iannone, un champion en puissance, un caractère à la Biaggi"

L.B., Le Mans - Voilà déjà dix ans qu'Andrea Iannone évolue en Championnat du Monde, deux qu'il a rejoint la catégorie MotoGP. Il s'y est rapidement affirmé comme un pilote d'avenir, répondant aux attentes d'un milieu qui ne cesse de rechercher le "futur Valentino Rossi".

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Après deux campagnes formatrices au sein de l'équipe satellite Ducati, le voici propulsé pilote officiel du constructeur italien. Un nouveau statut qui s'accompagne de bien des attentes et que Iannone a fêté dès la première manche de la saison par un podium.

"Je m'attendais à beaucoup et, franchement, j'ai déjà obtenu beaucoup," assure son manager, Carlo Pernat, à Motorsport.com. "C'est la première fois qu'il est dans une équipe officielle et il lui manque un peu d'expérience avec cette façon de travailler, très différente de celle qu'il avait auparavant dans son équipe Moto2 ou chez Pramac. Il est très entouré et c'est une situation qu'il n'a jamais vécue, mais il réagit. Il se débrouille très bien, il apprend."

"Il pouvait certainement faire quelque chose de plus, la faute à deux bêtises," estime l'emblématique manager, quelque peu déçu du podium perdu en Argentine, puis d'une manche de Jerez disputée par erreur avec la cartographie pluie de sa moto. "S'il n'avait pas perdu ces deux podiums, on parlerait aujourd'hui d'un grand Iannone. Si je devais lui donner une note sur 10, ce serait un beau 8. J'irais jusqu'à 10 s'il avait fait ces deux podiums. Débuter au Qatar avec une troisième place, je dis chapeau!"

Un (mauvais) caractère à la Biaggi

L'apprentissage d'Andrea Iannone ne concerne pas uniquement le pilotage de la GP15 ou les us et coutumes d'une équipe officielle. Il lui faut également travailler sur son caractère, reconnu comme étant difficile à dompter, frôlant parfois l'impolitesse tant avec les membres de son équipe qu'avec les fans qui le sollicitent.

"On y travaille," reconnaît Carlo Pernat. "Je crois qu'il commence un peu à changer. Il faut dire qu'il est né dans une équipe qui était en quelque sorte à lui, celle de son père. Parfois quand c'est toi qui commandes, tu juges que les mécaniciens font des erreurs alors que ça n'est pas le cas... La première équipe professionnelle qu'il ait eu, finalement c'est Pramac."

Il ressemble énormément à Biaggi, dans son caractère, dans sa méchanceté sportive.

Carlo Pernat

"Il doit se former," poursuit le manager. "C'est l'une des choses que l'on va modifier, j'en suis certain à 100%. Il est en train de changer et je l'ai vu plus disponible dernièrement. Et puis, chacun naît avec son caractère. Mais, dans la vie privée, il est très sympa et on rit énormément!"

Au fond, si Carlo Pernat devait retrouver chez Iannone l'un des pilotes qu'il a encadrés durant près de 40 ans, inutile de penser au poli Capirossi, ou à l'attachant Simoncelli. "Il ressemble énormément à Biaggi, dans son caractère, dans sa méchanceté sportive si l'on peut dire, dans sa façon d'être dur et d'aller au-delà des problèmes," analyse le manager. "Il est très dur, il a un caractère très fort et on dirait que cette moto a été faite pour lui."

"J'ai eu beaucoup de bons pilotes, qu'il s'agisse de Biaggi, Capirossi, Rossi ou Simoncelli, et Iannone est de cette famille-là," nous assure Carlo Pernat, avec une métaphore qui n'appartient qu'à lui : "Je fais la comparaison avec les champignons : il serait un cèpe, pas un petit champignon des bois. Après, il y a des cèpes qui ont beaucoup de saveur et d'autres moins..."

Une saison pour passer un nouveau cap

L'autre point faible qui pourrait freiner l'évolution d'Andrea Iannone concerne sa pratique de l'anglais. Si l'approximation peut ajouter une touche sympathique au personnage - et Valentino Rossi sait parfaitement en jouer - le pilote Ducati apparaît surtout limité, dans sa compréhension comme dans son expression.

La question n'est pas prise à la légère. "Depuis novembre, il fait deux heures d'anglais par jour avec un professeur particulier," nous explique Carlo Pernat, qui note des progrès : "Il lui faut encore quelques mois, mais il arrive désormais à comprendre ce qu'on lui dit en conférence de presse." Un bon début.

Il a démontré qu'il peut jouer le titre. Cette année c'est un peu tôt, même si je suis sûr qu'il peut remporter une course et peut-être plus.

Carlo Pernat

L'heureux manager est donc convaincu de détenir là une pépite, qu'il pourra faire évoluer vers les sphères les plus hautes du MotoGP, sans qu'aucune porte ne lui soit fermée : "J'en suis certain. Déjà parce qu'il va obtenir des résultats, ensuite parce qu'il est en train de changer."

"Il a démontré qu'il peut certainement jouer le titre. Cette année c'est un peu tôt, même si je suis sûr qu'il peut remporter une course et peut-être plus," estime Carlo Pernat. "Je crois que dès la fin de la saison - même s'il a bien sûr un contrat avec Ducati - il sera prêt à intégrer une autre équipe officielle, qu'il s'agisse de Honda, Yamaha ou Suzuki. Il doit encore monter quelques marches, mais disons que s'il y a 80 marches il en a franchies 78."

 

A propos de cet article
Séries MotoGP
Événement GP de France
Circuit Le Mans Circuit Bugatti
Pilotes Andrea Iannone
Équipes Ducati Team
Type d'article Interview
Tags andrea iannone, carlo pernat, ducati, interview, motogp