Interview - "Iannone veut gagner, deuxième ça ne suffit pas"

Andrea Iannone, le mauvais garçon, se transforme peu à peu en bon élève. Dix ans après son arrivée en Mondial, il prend de la distance avec l'adolescent revêche qu'il a pu être et affirme son potentiel sur le seul terrain qui compte, la piste.

En intégrant la catégorie reine en 2013, il a pu faire son apprentissage durant deux saisons au sein de l'équipe satellite Ducati. Ce fut pour lui la formation idéale avant d'intégrer cette année la structure officielle, où il semble ne pas avoir eu besoin de transition. Sur le podium dès sa première course, il a un temps figuré dans le trio de tête du Championnat puis s'est payé le luxe de devancer l'icône Valentino Rossi lors du Grand Prix d'Italie, où il s'est offert un deuxième podium.

Depuis, il a pris l'ascendant sur son voisin de stand, l'expérimenté Andrea Dovizioso, qui enchaîne les déconvenues. "Ton premier ennemi c'est ton coéquipier. On ne dit pas cela par hasard, c'est vrai," rappelle son manager Carlo Pernat à Motorsport.com. "Le fait de le devancer l'aide, c'est évident. Cela lui donne une certitude et ça lui a fait du bien."

Si la comparaison entre les performances de Iannone et Dovizioso est faussée par le cumul de malchances du second nommé, le plus jeune des Andrea a en tout cas le mérite de s'illustrer par sa régularité. "Il fait preuve d'une grande continuité aux avant-postes. Il ne tombe jamais et il est l'un des seuls à ne pas afficher de zéro pointé à son compteur. Mais il le fait à un niveau élevé, pas pour finir septième," rappelle Pernat. "Il a beaucoup progressé. Il lui manquait probablement cette continuité. Maintenant, il comprend quand il doit prendre des points."

"A 26 ans ce n'est plus un gamin," poursuit le manager. "Il a beaucoup mûri et je pense qu'il peut maintenant jouer quelque chose d'important. Il en a conscience. Pramac a été un bon cours préparatoire et il a beaucoup progressé. Il est en train de devenir un vrai pilote. Il a un caractère très fort, il n'a peur de rien, mais il le fait d'une manière correcte car il commet peu d'erreurs."

L'autre évolution que note Carlo Pernat, non sans admiration, porte sur l'efficacité du pilote dans les réglages de sa machine. "J'ai remarqué une chose importante, qui m'a été confirmée par les ingénieurs : il est très lucide," explique-t-il. "On dirait qu'il court en MotoGP depuis longtemps. Les ingénieurs le suivent beaucoup parce qu'il est très clair, pragmatique et neuf fois sur dix il a raison sur ce qu'il faut faire. C'est un aspect d'Andrea que je connaissais peu. Et je dois dire que je suis assez surpris par cette lucidité, ce pragmatisme et sa capacité à comprendre les problèmes pour que la moto soit meilleure."

D'abord la victoire, ensuite le titre

Un pilote rapide, fort dans les duels en piste et, qui plus est, capable de régler sa moto de manière efficace, c'est un pilote qui peut indéniablement viser haut. Pour son manager, l'objectif est clairement annoncé : remporter une course cette année, puis se battre pour le titre à partir de la saison prochaine.

"C'est un pilote qui peut viser quelque chose d'important. Cette année, il veut la quatrième place du Championnat. Les progrès de la moto vont lui permettre de jouer quelque chose de plus, parce qu'il est clair que ce qu'il veut c'est gagner : faire deuxième, ça ne suffit pas," estime Carlo Pernat. "Je m'attends à une victoire [de Ducati] cette année. Valentino est très attendu à Misano, mais Ducati aussi. Une victoire, j'y crois, et pourquoi pas à Misano."

Quid de 2016? "Cela dépend toujours de la moto. Il ne faut pas oublier qu'elle est neuve, on n'a de référence sur aucun circuit. Mais de toute façon, l'objectif a toujours été 2016. J'espère que Ducati se battra pour le titre," suggère Pernat.

Je suis convaincu que Iannone remportera le Championnat un jour ou l'autre, dans les trois ans maximum.

Carlo Pernat, manager

"Je suis convaincu que Iannone remportera le Championnat un jour ou l'autre, dans les trois ans maximum. Il a toutes les caractéristiques pour y arriver désormais. Il n'a peur de rien, même quand il se bat contre Márquez, il s'en fiche et il le passe. Il est très fort dans les duels, peut-être aussi fort que Márquez."

Etre en lice pour le titre, c'est une chose. Mais Andrea Iannone, qui n'a jamais été classé mieux que troisième en Championnat du Monde, aura-t-il la solidité psychologique nécessaire pour franchir le dernier cap? "Il a un caractère tellement fort qu'il n'est pas homme à subir la pression psychologique. Ce serait peut-être plutôt le cas des autres," estime son manager. "D'après ce que je vois et ce que je connais de lui, il est arrivé au bon niveau. Il lui manque peut-être un petit quelque chose en matière d'expérience, mais je ne saurais dire quoi... Peut-être gagner un Grand Prix, ou bien figurer plus souvent parmi les trois premiers."

Iannone sait par ailleurs qu'il devra relever un nouveau défi la saison prochaine en courant pour la première fois en pneus Michelin, qu'il n'a pu expérimenter que brièvement en essais. Des pneus qui pourraient rebattre les cartes et qui font planer l'incertitude sur la hiérarchie qui s'établira en 2016. Reste à voir si l'étoile montante italienne arrivera à en profiter.

Écrire un commentaire
Montrer les commentaires
A propos de cet article
Séries MotoGP
Pilotes Andrea Iannone
Équipes Ducati Team
Type d'article Interview
Tags carlo pernat, champion du monde, iannone, manager, titre, victoire