Interview - Il s'appelle Mamola et attend son heure dans les coulisses du MotoGP

A trois ans, Dakota Mamola commençait le motocross comme d'autres vont taper le ballon avec leur père le dimanche. Un simple jeu, car longtemps le fils de Randy Mamola n'y a pas vu un grand intérêt. "A cette période-là de ma vie, la moto n'était pas importante pour moi," raconte-t-il à Motorsport.com. "Et puis à 10 ans j'ai commencé à courir sur circuit. Ceci dit, je préférais le motocross parce que je trouvais ça plus amusant. Ce n'est que vers l'âge de 13-14 ans que j'ai commencé à m'y intéresser plus et à progresser."

Progresser, au point de faire ses débuts dans la compétition. Il choisit naturellement l'Espagne, où il a grandi, et intègre une catégorie Pre-GP qui a vu passer les Maverick Viñales, Miguel Oliveira et autre Francesco Bagnaia, devenus aujourd'hui les étoiles montantes du MotoGP. Classé troisième pour sa première campagne, le jeune Américain pose ensuite ses roues en championnat britannique 125cc et en Coupe d'Europe Superstock 600.

Sa carrière prend un nouvel envol en 2014, lorsqu'il s'essaye au très compétitif Moto2 espagnol (CEV) avec le team Aspar. Il obtient même un ticket pour le Championnat du Monde et remplace à Silverstone Nico Terol, blessé.

"J'ai couru dans pas mal de championnats et piloté beaucoup de motos différentes, j'ai donc beaucoup appris," résume-t-il. "Par contre, je n'ai jamais vraiment eu la possibilité de réaliser de bons essais de pré-saison, parce que les accords sont toujours arrivés trop tard à cause de soucis financiers." Un déficit qui a pesé notamment l'an dernier durant sa saison en CEV Moto2 dont il a manqué la première course : "J'ai été directement mis dans le bain, contre des pilotes qui étaient là depuis trois ans et faisaient des essais, au sein de grosses équipes. Entrer dans le top 5 l'année dernière, c'était vraiment bien, ça a prouvé que je pouvais y arriver."

Randy, conseiller spécial

S'il voulait ainsi faire ses preuves c'est peut-être parce que, partout où il va, Dakota est précédé par un nom de famille qui ne passe pas inaperçu. Considéré comme l'un des meilleurs pilotes de l'Histoire malgré son absence de titre international, Randy Mamola a longtemps fait les belles heures du Championnat du Monde et il avait arrêté sa carrière depuis peu lorsque Dakota a vu le jour, à Barcelone.

Mon père m'a toujours dit : Si tu veux courir, vas-y, mais je ne vais pas te pousser à le faire. Ca doit venir de toi et tu dois y prendre du plaisir.

Dakota Mamola

Un père qui a su entourer son fils et laisser germer chez lui l'envie de courir, sans le forcer. "Mon père m'a toujours dit : "Si tu veux courir, vas-y, mais je ne vais pas te pousser à le faire. Ca doit venir de toi et tu dois y prendre du plaisir." J'ai donc d'abord aimé jouer au foot et je prenais le motocross comme un truc du week-end. Mais quand j'ai commencé à devenir meilleur et à piloter plus souvent, avec des motos plus rapides, j'ai aimé ça de plus en plus. J'ai mal au coeur pour ma mère, parce que c'est elle qui souffre le plus! D'abord avec mon père et maintenant avec moi!" sourit Dakota.

Malgré l'absence de pression, cet héritage a parfois pu s'avérer pesant. "On se dispute souvent, parce qu'on a une relation père-fils," reconnaît le jeune homme, aujourd'hui âgé de 20 ans. "Souvent, je ne veux pas admettre qu'il a raison, mais je finis par me dire qu'il a fait tout ça il y a des années et qu'il l'a bien fait, alors je sais que je devrais l'écouter."

"Mon père m'aidait beaucoup quand je courais, il me donnait des conseils," souligne-t-il. "L'année dernière, la pression était forte car je n'avais pas fait d'essais. Or, c'est très important pour un pilote d'être bien dans sa tête et il m'aide beaucoup en cela."

Un rôle d'assistant pour apprendre le MotoGP

Si le soutien de son père compte beaucoup, Dakota Mamola peine à réunir le budget nécessaire pour courir au niveau qu'il vise. Cette saison, il a donc fait le choix de mettre sa carrière entre parenthèses et de prendre un chemin de traverse. C'est ainsi qu'il est devenu l'assistant personnel de Cal Crutchlow, l'un des pilotes qui, avec Bradley Smith ou Remy Gardner par exemple, font partie du cercle de proches de la famille Mamola.

"En janvier, Cal m'a appelé et m'a dit : "Eh, tu voudrais devenir mon assistant?" Même si c'était dit sur le ton de la plaisanterie, je savais qu'il était sérieux. Il ne voulait pas le dire directement, mais plutôt comme une blague pour que j'y réfléchisse," raconte Dakota, qui n'a pas tardé à accepter l'offre.

Une solution originale, qui lui garantit d'être présent sur toutes les manches du MotoGP et d'en découvrir les rouages. "Avant le début du week-end, je lui prépare ses casques, ses gants et ses cuirs. Je l'aide aussi à garder son calme, pour qu'il n'ait pas à penser à grand-chose et qu'il se concentre sur son seul job : rouler. Et puis je dois lui fournir tout ce dont il a besoin. S'il chute ou s'il a un problème quelconque avec ses bottes, ses gants ou son casque, je parle avec les sponsors," précise Dakota, aidé en cela par ses propres liens avec Alpinestars, Monster et Arai, qui sont également les sponsors de Crutchlow.

"C'est clairement une année différente, mais c'est vraiment sympa d'être impliqué dans la compétition et d'aller sur toutes les courses du Championnat du Monde pour la première fois," poursuit-il. "Et puis j'apprends au contact de bons pilotes, au lieu de rester chez moi à ne rien faire d'autre qu'attendre. Je suis très content d'être ici. Même si j'espère recommencer à courir bientôt..."

L'argent, nerf de la guerre

Dakota ne compte pas rester assistant très longtemps, néanmoins pour retrouver le premier rôle dans un stand il lui faut réunir une somme d'argent qui ne s'improvise pas. "Bien sûr, je préfère courir, mais le problème c'est le budget. C'est très difficile à l'heure actuelle, il n'y a pas de sponsors aux Etats-Unis," regrette-t-il.

En CEV, si tu n'est pas dans une bonne équipe qui te permette de faire le top 5, tu ne vas pas aller plus haut. C'est aussi simple que ça

Dakota Mamola

De père américain et de mère belge, Dakota Mamola court avec une licence espagnole du fait de sa résidence en Catalogne. Un environnement multiculturel qui se ressent fortement chez lui et en fait un jeune homme ouvert et capable d'échanger en quatre ou cinq langues.

Ce n'est toutefois pas suffisant pour intégrer le CEV, du moins pas au niveau où il le voudrait. "Il y a déjà tellement de pilotes espagnols, toutes les places sont prises," souligne-t-il. "En CEV, si tu n'est pas dans une bonne équipe qui te permette de faire le top 5, tu ne vas pas aller plus haut. C'est aussi simple que ça. Pour être dans un bon team en CEV Moto2, il te faut dans les 180 000 euros pour un an et il est très difficile de trouver un sponsor qui veuille payer cette somme. Pour le moment, je préfère ne pas courir plutôt que de courir dans une équipe qui ne me permette pas de me battre pour la victoire."

La récente création du Championnat MotoAmerica lui a ouvert quelques portes, mais Dakota Mamola est un garçon réfléchi et qui sait ce qu'il veut. "J'ai préféré attendre que ce Championnat devienne plus important. Et puis je veux aussi voir si quelque chose émerge ici (en Europe, ndlr). Vu le niveau du CEV, je préfèrerais courir en Espagne."

Dakota continue donc à s'entraîner tous les jours, prêt à saisir une éventuelle opportunité, et il enrichit son réseau en faisant connaître dans les allées du paddock une politesse et un sérieux qui ne sont pas sans rappeler ceux de son père.

"On va voir comment ça se passe cette année et prendre une décision. C'est comme si j'avais "calé" pour un an. Mais je ne baisse pas les bras. Du talent, je pense que j'en ai un peu, il faut juste que je travaille. J'espère que la chance va arriver."

 

A propos de cet article
Séries MotoGP
Pilotes Randy Mamola , Cal Crutchlow , Dakota Mamola
Type d'article Interview
Tags cal crutchlow, cev, dakota mamola, interview, lcr, moto2, motogp, randy mamola