Affaibli physiquement, Márquez est devenu un pilote "normal"

Encore limité par son bras droit, Marc Márquez n'est plus en mesure d'éviter les chutes avec style et finit plus souvent à terre. L'Espagnol a adapté son pilotage à sa condition, sans certitude de retrouver son niveau.

Affaibli physiquement, Márquez est devenu un pilote "normal"

Après avoir passé la majeure partie du Grand Prix d'Aragón dans la roue de Pecco Bagnaia, Marc Márquez a un temps songé à assurer la deuxième place. L'instinct a finalement repris le dessus et le sextuple Champion du MotoGP a fait tout son possible pour prendre la tête, avec l'espoir de s'offrir son deuxième succès depuis son retour à la compétition. Les sept attaques portées sur Bagnaia se sont toutes soldées sur des échecs mais Alberto Puig reste impressionné par l'approche de Márquez, toujours aussi agressif malgré un bras droit amoindri.

"La chose la plus importante a retenir du MotorLand Aragón est que l'on a vu que Marc a gardé son ADN et qu'il tente toujours, probablement même en sachant que la Ducati était plus rapide en ligne droite", a confié le team manager de l'équipe Honda officielle. "Il n'a jamais renoncé et pour une marque comme Honda, c'est important d'avoir un pilote comme lui."

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Si Márquez a conservé ses caractéristiques de pilote agressif, il n'est plus capable de piloter de la même façon. Habitué à régulièrement reprendre le contrôle de sa RC213V quand la chute guettait, le pilote espagnol n'arrive plus à réaliser ces sauvetages "à la Márquez" qui étaient sa signature, en particulier dans les virages à droite, ceux où le bras qui le fait souffrir est plus sollicité. Le star de Honda est tombée 18 fois cette année, plus que tout autre pilote en MotoGP alors qu'il a disputé deux courses de moins que ses rivaux. De son propre aveu, l'extraterrestre Márquez est devenu un pilote "normal", actuellement incapable de réaliser les prouesses qui ont fait sa réputation.

"Avant, mon style était de tout le temps attaquer avec le pneu avant, de jouer sur la limite, de rester à la limite et de faire des sauvetages avec le coude", a rappelé Márquez après son podium. "Maintenant, je ne peux plus le faire. Dès que j'ai un petit mouvement, je perds [l'avant] et je chute. C'est l'une des raisons pour lesquelles je tombe beaucoup cette année. Par le passé, je sauvais beaucoup de chutes mais cette saison, je perds l'avant. Je dois travailler. Mais à part ça, dans ma lutte avec Pecco, dans certains freinages je suis sorti large, je n'étais pas en confiance et j'ai relâché les freins. Il faut y travailler pour la suite. Je sais que quand je me sentirai mieux, je piloterai normalement, comme avant."

 

"Je pouvais être à la limite et je n'en suis plus capable", a-t-il ajouté. "Quand on ne peut plus faire ce qui faisait la différence, on devient un pilote 'normal'. Je suis évidemment rapide sur certaines pistes, j'ai plus de mal sur d'autres. C'est ce que j'entends par pilote normal. Rapide mais plus en difficultés sur certaines pistes, et bon sur d'autres. J'espère améliorer ma condition physique et quand je sentirai que j'aurai ce petit plus, je retrouverai mon rythme. Pour le moment c'est impossible. J'ai de bonnes trajectoires, j'essaie de bien piloter mais je n'ai pas ce petit plus qu'a Quartararo cette année, ou Pecco [dimanche]."

"Peut-être la saison la plus difficile de ma carrière"

La blessure de Marc Márquez était si sérieuse que durant plusieurs mois, il n'a plus été capable de faire de simples gestes de la vie quotidienne. Ce n'est qu'au cours de la pause estivale qu'il a pu retrouver une "vie normale" et il espérait être libéré de l'essentiel de ses limitations physiques avant de déchanter dès la première journée au Red Bull Ring. La convalescence est bien plus longue que ce qu'il espérait et la Honda n'est pas non plus au niveau souhaité.

"C'est peut-être la saison la plus difficile de ma carrière. C'est difficile physiquement, mentalement, à de nombreux égards, parce que la motivation est là. Je suis arrivé à Portimão avec peu d'attentes en me disant que ma condition physique s'améliorerait plus vite que ça. C'est vrai qu'on travaille beaucoup sur la moto. Comme on l'a vu, on a trop de mal, tous les pilotes [Honda]. L'an dernier, Nakagami et mon frère étaient bons [sur le MotorLand Aragón] et cette année, ils ont eu beaucoup de mal parce que les autres constructeurs ont progressé et qu'ils sont plus rapides alors qu'on est toujours dans les mêmes temps. Il reste cinq courses pour finir 2021 sur une bonne note et bien préparer 2022."

Plutôt qu'attendre que sa condition physique soit suffisamment bonne, Marc Márquez cherche donc à contourner les problèmes en adaptant son pilotage, et il peut compter sur l'aide de Honda dans sa quête. La marque a modifié la forme du réservoir de sa machine afin de lui permettre d'utiliser plus facilement ses jambes dans les changements de direction. Márquez n'a pas la certitude que ses limites physiques disparaîtront totalement et il juge donc nécessaire de s'adapter.

"Évidemment, il y a des doutes. On travaille sur ça. [...] Aujourd'hui je ne peux pas piloter comme je le veux. Je tombe dès que j'essaie. Je dois toujours piloter différemment, je ne peux pas le faire naturellement. Je dois trouver un moyen d'être performant et de jouer le championnat, peut-être pas avec le même style."

"Comme on l'a vu en Autriche et [en Aragón], piloter différemment ne veux pas dire être lent. On peut être rapide différemment. Mais on n'a pas ce petit plus. On va essayer. Ce n'est pas que moi. Je dois continuer à travailler sur la moto et avec l'équipe. Si je progresse un peu et que la moto progresse, on sera au niveau de ces gars [Quartararo et Bagnaia]."

Márquez a prouvé qu'il était toujours capable de briller quand les circonstances lui sont favorables. Il s'est imposé au Sachsenring, aidé par un tracé composé de seulement trois virages sur la droite et par une courte averse en course, des conditions où les organismes sont moins sollicités, et il a brillé sur le MotorLand Aragón, où les courbes à gauche sont également majoritaires. Entre les deux, il est resté dans le groupe de tête dans le second rendez-vous de Spielberg, un circuit pourtant physique.

Le #93 sera très attendu au GP des Amériques, où seule l'édition 2019 lui a échappé en raison d'une chute, mais il ne souhaite pas se projeter : "On verra pour Austin. D'abord, on a Misano. Je veux me concentrer course après course, jour après jour. C'était l'un des pire week-ends sur le plan physique mais l'un des meilleurs concernant mes sensations sur la moto. On verra à Misano avec une course et un test. C'est sûr qu'on sera rapide à Austin. Mais je ne veux pas être rapide sur une seule piste, je veux l'être partout et il faut continuer à travailler."

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