Pour Michelin, "la KTM rappelle la Honda d'il y a trois ou quatre ans"

Avant un Grand Prix d'Allemagne qui imposera un défi radicalement différent, Piero Taramasso dresse le bilan du Grand Prix de Catalogne, où la performance du vainqueur l'a surpris.

Pour Michelin, "la KTM rappelle la Honda d'il y a trois ou quatre ans"

Depuis longtemps déjà, les hommes de Michelin avaient noté d'une croix rouge le Grand Prix de Catalogne dans le calendrier de la saison MotoGP. Connue pour offrir peu d'adhérence et pour subir une dégradation qui parait toujours plus nette d'année en année, la piste de Barcelone était crainte par le manufacturier et les pilotes qui avaient gardé un mauvais souvenir de l'édition 2020, disputée à l'automne.

Pour autant, Piero Taramasso en dresse un bilan positif, aussi rassuré par le feedback général de l'ensemble des pilotes que positivement surpris par le choix du vainqueur, parti avec une monte dure pour aller chercher la première victoire de la saison de KTM.

"Nous étions un peu inquiets pour Barcelone", admet le responsable deux roues de Michelin Motorsport dans une interview pour l'édition italienne de Motorsport.com. "L'année dernière, nous avions été en difficulté parce qu'il y avait vraiment peu d'adhérence et beaucoup de patinage, et puis il y avait aussi le nouveau virage 10 à évaluer. Mais cette année, ça semble s'être un peu mieux passé et, cinq des six spécifications que nous avions proposées ont été utilisées pour la course. Il n'y a que le pneu avant tendre qui était trop tendre, et personne ne l'a donc choisi."

Compte tenu des difficultés engendrées par le bitume de la piste, la course de Barcelone a imposé aux pilotes une gestion attentive de leurs gommes. Le bilan du manufacturier reste toutefois positif au vu des performances réalisées. "Si l'on regarde les temps de ceux qui se sont battus devant, comme Oliveira, Zarco et Quartararo, ils sont restés très réguliers : il y avait plus ou moins une seconde entre le tour le plus rapide et le tour le plus lent", note Taramasso. "Avant la course, beaucoup de pilotes avaient choisi le pneu arrière dur, mais le ciel s'est couvert peu avant le départ et les nuages ont fait baisser la température, ils ont donc été nombreux à changer leur choix pour le pneu medium et ils ont ensuite dû le gérer un peu plus. Sans cela, nous aurions assisté à une course d'attaque de la part d'un plus grand nombre de pilotes."

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Pour Piero Taramasso, l'une des clés du succès de Miguel Oliveira au terme de cette course, longtemps restée indécise entre plusieurs pilotes et constructeurs, réside dans le fait que le Portugais a utilisé le pneu dur à l'avant. Une tendance devenue habituelle pour les KTM, mais qui n'est pas sans rappeler les habitudes de Honda depuis plusieurs années, surtout sur cette piste où ce choix n'était pas commun jusqu'à présent.

"Miguel a utilisé le pneu avant dur dès le vendredi et cela a été un peu une surprise pour tout le monde, y compris pour nous chez Michelin, car par le passé ce pneu n'avait été choisi qu'une seule fois, par Marc Márquez", explique le responsable italien. "C'est un pneu très rigide, nous avons donc été surpris, mais ses retours ont été bons. Cela veut vraiment dire que la KTM est une moto qui sollicite beaucoup le pneu avant, qu'elle réussit à le faire monter en température plus que les autres, et cela peut être un avantage dans certains cas."

"Je pense que c'était le cas à Barcelone, parce que ceux qui avaient le medium nous ont dit qu'ils ont subi un peu de dégradation à la fin, alors que lui, avec deux hard, il a pu pousser jusqu'au bout et résister aux attaques de Quartararo et Zarco. C'est une situation qui me fait penser à la Honda d'il y a trois ou quatre ans, quand ils avaient besoin de gommes très dures à l'avant comme à l'arrière avec Marc, précisément dû à la typologie de la moto."

Dans le cas de Valentino Rossi, qui s'est plaint d'avoir moins de grip que les jours précédents avec le pneu arrière dur, Michelin se montre à l'écoute et recherche actuellement des signes d'anormalité dans le produit utilisé. "Valentino ne fait pas partie des pilotes qui ont l'habitude de se plaindre, donc quand il le dit c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Nous sommes toujours en train d'analyser le pneu, mais pour le moment nous n'avons rien trouvé dans les paramètres principaux, nous allons donc continuer à l'observer pour comprendre. Je lui ai parlé personnellement et je sais que Valentino est un pilote très sensible. D'ailleurs, même pendant les essais, il nous a donné de très bonnes indications sur le nouveau pneu. C'est aussi une des raisons pour laquelle nous continuons à essayer de comprendre s'il y a quelque chose d'anormal avec son pneu de course."

La journée de test post-course du lundi a en effet permis à Michelin de recueillir d'importantes données concernant son nouveau pneu arrière, dont l'introduction a plusieurs fois été repoussée. "Huit ou neuf pilotes l'ont essayé et ils ont tous apporté un feedback positif, parce qu'ils ont senti plus de grip sur l'angle et de bonnes performances", souligne Piero Taramasso, qui précise que son introduction pourrait finalement se faire dès 2022. "Nous allons le proposer à nouveau pendant la saison, afin de l'essayer sur d'autres pistes et le valider pour l'année prochaine ou pour 2023. Pour nous, il s'agit d'une solution facile à introduire en termes de production, si les équipes et la Dorna souhaitent l'utiliser à l'avenir."

Certains pneus de 2019 pour le GP d'Allemagne

Cette semaine, c'est au Sachsenring que s'attaque Michelin, une piste très différente mais qui n'est pas sans poser de difficultés elle aussi. La piste qui accueille le Grand Prix d'Allemagne est singulière pour les pilotes MotoGP avec ses dix virages à gauche contre trois seulement à droite et un tour qui se fait dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Une typologique qui impose des pneus asymétriques à l'avant comme à l'arrière.

"C'est un circuit difficile, sur lequel nous n'avons pas couru depuis 2019. Sa configuration est particulière, il stresse beaucoup le côté gauche du pneu et très peu le côté droit. C'est la raison pour laquelle nous apportons des pneus asymétriques à l'avant et à l'arrière. À l'avant, nous avons exactement les mêmes mélanges et les mêmes carcasses qu'en 2019. Pour l'arrière, nous avons confirmé les mélanges du côté gauche, mais pour le côté droit nous avons rigidifié d'un demi-cran, parce qu'en 2019 ils étaient un peu trop tendres et nous avions eu pas mal d'usure et de dégradation. Nous avons par ailleurs remarqué que l'asphalte est de plus en plus agressif d'année en année, et nous nous attendons donc à ce qu'il le soit cette année par rapport à 2019."

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Au même titre que le prochain Grand Prix qui aura lieu à Assen, la piste allemande était absente du calendrier en 2020. Il s'agira donc de la première fois que les pilotes courront au Sachsenring avec la carcasse de pneu arrière introduite l'année dernière. "Exactement, mais par rapport aux courses précédentes, il y a une nouveauté", précise Piero Taramasso. "Le soft et le medium disposeront de la nouvelle construction, tandis que le hard aura toujours la spécification de 2019."

En quête de records sur tous les Grands Prix cette saison, Michelin sera d'autant plus à l'affût des améliorations de performances sur cette épreuve car elle permettra une comparaison directe avec le niveau affiché il y a deux ans. "Notre objectif depuis le début de la saison est d'améliorer le temps sur la distance de la course. Pour le moment, nous y sommes parvenus sur tous les circuits, sauf au Mans où c'était mouillé. Ce serait bien de rapporter le record de la piste ainsi que celui de la distance de la course. C'est aussi une question de durée de vie [des pneus], car nous avons été un peu plus rigides dans le choix de la gomme pour le côté droit du pneu arrière."

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