Les pneus préchauffés hérités du 1er GP font grincer des dents

Des pneus déjà chauffés pendant un premier Grand Prix et réattribués aux équipes font craindre aux pilotes de moins bonnes performances. Michelin assure pourtant que celles-ci sont maintenues.

Les pneus préchauffés hérités du 1er GP font grincer des dents

Les pneus qui ne sont pas utilisés au cours d'un week-end de Grand Prix et qui sont remployés pour un autre déconcertent certains pilotes MotoGP, qui expliquent subir une baisse de leur niveau d'adhérence. Michelin garantit pourtant que leur performance n'est pas affectée.

On parle de pneus "préchauffés", une approche qui s'explique par une volonté d'optimisation : les pneus que les pilotes n'utilisent pas pendant un week-end de course sont en effet réutilisés lors d'un autre Grand Prix dont les conditions de piste sont appropriées. Michelin précise qu'il s'agit de pneus réattribués après avoir fait partie de l'allocation initiale des équipes pendant un premier Grand Prix, et avoir été chauffés à environ 90°C, avant d'être retournés au manufacturier après ne pas avoir été utilisés, comme le veut le protocole.

"Ça arrive de temps, ce n'est pas le cas sur toutes les courses. Par contre, quand ça arrive, on donne une quantité bien précise des pneus qui sont déjà préchauffés à tous les pilotes. Tous les pilotes sont dans la même situation, ils savent quel pneus c'est et ensuite ils sont libres de les passer en essais libres, en qualifs ou en course. C'est juste une info qu'on leur donne et ensuite ils font ce qu'ils veulent", explique Piero Taramasso, responsable deux roues de Michelin Motorsport, à Canal+.

Si le la firme clermontoise précise que cette situation ne concerne pas uniquement les deux Grands Prix de ce début de saison au Qatar, c'est toutefois bien le cas ce week-end pour la deuxième épreuve disputée en deux semaines à Losail, où les pilotes ont hérité des pneus inutilisés lors de la première manche qui s'est tenue sur place. Et le sujet a même été au cœur des débats vendredi soir après les premiers essais libres de ce Grand Prix de Doha. Car un problème se pose en effet lorsque les sensations que ces pneus transmettent aux pilotes ne sont pas les mêmes que celles d'un pneu qui n'a pas été préalablement chauffé, et c'est précisément ce que plusieurs pilotes ont pointé du doigt vendredi.

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Pour cette deuxième manche qatarie, Michelin a fourni à chaque pilote de la catégorie plusieurs pneus préchauffés. "Toutes les équipes ont reçu la même quantité de pneus préchauffés, et il peut s'agir de n'importe quel type de pneu : tendre, moyen ou dur", souligne le manufacturier. Il est donc essentiel d'identifier le bon moment pour les utiliser. Or, Joan Mir, par exemple, n'a pas trouvé la bonne fenêtre pour cela.

Le Champion du monde avait en effet gardé l'un des pneus non préchauffés pour son dernier run en EL2, seulement le stand Suzuki lui a demandé de rentrer après un seul tour lancé. "Il faut utiliser des pneus de l'autre Grand Prix, préchauffés, et les performances ne sont pas les mêmes qu'avec un pneu tout neuf", explique le Majorquin. "Tout le monde le sait et on attend d'utiliser le bon pour le dernier run. Et pour une raison ou une autre, ils m'ont fait repasser aux stands pour changer le pneu mais je n'avais pas le temps."

Alors que Joan Mir semble devoir en passer par la Q1 ce soir après avoir fini la journée en 13e position, il en va de même pour Pol Espargaró, qui n'a pu faire mieux que 17e. Le pilote Honda a déclaré que les pneus tendres préchauffés qu'il a utilisés y étaient pour quelque chose.

"Dans l'allocation, nous avons tous deux pneus préchauffés pour chaque composé. [Vendredi] on a utilisé deux pneus tendres pour le tour rapide des EL2 : l’un d’eux était préchauffé, et l’autre pas", explique Espargaró. "Nous avons dû utiliser un pneu préchauffé puis un normal pour tenter le time attack. Entre l'un et l'autre, la moto change beaucoup, parce que le pneu préchauffé a moins d'adhérence pour une question chimique," ajoute-t-il. "Mais je ne veux pas utiliser ça comme une excuse : c'est la même chose pour tout le monde, tout le monde a la même allocation", souligne le pilote Honda, qui voit dans la connaissance que ses adversaires ont de leur moto la clé pour mieux tirer profit de ces gommes.

Maverick Vinales, Yamaha Factory Racing

Sur la Yamaha, Maverick Viñales a d'ores et déjà utilisé les deux pneus tendres préchauffées dont il disposait pour ce week-end. "Quand je me suis lancé dans le time attack, j’avais deux pneus préchauffés et je n’ai pas eu l’adhérence que j’attendais, je glissais beaucoup", a expliqué l'Espagnol, qui a malgré tout réussi à se positionner dans le top 10. "Je n'ai peut-être pas produit la performance maximale sur la moto, mais heureusement on a pu passer en Q2. Parce que quand j’ai vu que je n'avais pas de bonnes sensations et que je patinais beaucoup, je me suis dit que ce serait difficile d’arriver en Q2. Mais à la fin on y est parvenus, et c'est fantastique."

Même si certains pilotes semblent donc convaincus du contraire, Michelin assure que, si ces pneus sont ainsi reproposés dans l'allocation de chaque équipe pour un second Grand Prix, c'est sur la base d'études montrant qu'ils ne perdent pas en performance. "Nous avons effectué des tests approfondis sur les pneus qui ont été conservés dans cet état de préchauffage, et ces tests montrent que cela n'affecte pas négativement leurs performances", explique le manufacturier. "Nos techniciens surveillent attentivement et notent le temps passé par chaque pneu dans les couvertures chauffantes, ce qui garantit qu'aucun d'eux n'y est maintenu pendant une durée proche de la limite maximale."

"Les pilotes se plaignent parce qu'ils voudraient des pneus neufs tout le temps", concède Piero Taramasso, "mais vous comprenez bien qu'au niveau de l'environnement on ne peut pas se permettre de chauffer un pneu trois heures et de le mettre à la poubelle. Et, encore une fois, il n'y a pas question de performance."

Le manufacturier souligne par ailleurs que certains pilotes ont pu se montrer particulièrement performants vendredi avec des pneus hérités du Grand Prix du Qatar, puisque Jorge Martín, cinquième, a fait son meilleur temps avec ce type de gommes. Il en est de même pour Enea Bastianini, toutefois seulement 19e.

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