Valentino Rossi : "Je ne cours pas juste pour faire passer le temps"

Concentré sur la saison qui s'apprête à débuter, Valentino Rossi ne cache pas ses ambitions. Pas question pour lui d'aborder 2021 comme un pré-retraité !

Poliment écarté de l'équipe officielle Yamaha l'hiver dernier au profit d'un pilote deux fois plus jeune que lui, Valentino Rossi aurait pu raccrocher le casque, comme il en a déjà eu l'opportunité à plusieurs reprises depuis une dizaine d'années. Et pourtant, le voici à nouveau dans les starting-blocks, prêt à 42 ans à entamer sa 26e saison mondiale. Son transfert dans l'équipe satellite du constructeur d'Iwata ne lui laisse plus désormais qu'un pincement au cœur, et il est déjà tourné vers les performances qu'il ambitionne de réaliser au guidon d'une machine qui, elle, ne change pas.

Lors de son premier rendez-vous de l'année avec les médias, une visioconférence à peine troublée par quelques sonneries intempestives qui ont perturbé bien d'autres télétravailleurs ces derniers mois, Valentino Rossi a livré son sentiment à quelques heures de son départ pour Losail, où il débutera samedi les essais de pré-saison.

Après avoir connu la pression d'être pilote officiel pendant des années, tu intègres un environnement plus relax, une équipe plus familiale. Penses-tu que cela pourrait avoir un effet positif sur toi ?

J'ai été pilote d'usine pendant longtemps, de 2002 à 2020 soit pendant 19 saisons en MotoGP. Mais, pendant mes deux premières années en 500cc, j'étais dans une situation très similaire, au sein d'un team satellite. Il est vrai que c'était il y a 20 ans et les 500cc étaient un autre monde, mais à l'époque je m'étais senti très à l'aise.

D'après ce que je comprends, il y a moins de personnes qui travaillent autour de la moto, et la façon de travailler dans une équipe satellite est aussi un peu différente. On peut penser plus à la performance à réaliser en course qu'au développement de la moto pendant la saison, et ça peut être une bonne chose. Je suis content de ma situation technique car j'ai tout le soutien de Yamaha. Et puis cette équipe a déjà démontré pendant ses deux premières saisons qu'elle pouvait gagner des courses et mener ses pilotes au sommet, alors je m'attends à un très haut niveau et j'ai hâte de débuter la saison !

Il s'agit de ta 26e saison en Grand Prix. Quelles sont tes attentes : gagner à nouveau ou juste être compétitif ?

C'est toute une vie… Vingt-six saisons, c'est très long ! Mais je ne cours pas juste pour faire passer le temps. C'est une année très importante pour moi, parce que je sors de deux saisons qui ont été en-deçà de ce que j'attendais, notamment en termes de résultats. Les résultats seront importants, ils seront déterminants. Je veux essayer d'être compétitif, d'être plus fort que ces deux dernières années. Je veux me battre pour le podium, pour gagner des courses, et essayer d'être compétitif tout au long de la saison. J'espère que, même si le COVID-19 n'est pas réglé, cette saison sera plus normale que la dernière, et que l'on pourra utiliser toutes les différentes pistes à la bonne période. L'objectif sera d'être fort et compétitif du début à la fin.

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Te serais-tu imaginé rejoindre une nouvelle équipe à 42 ans ?

On ne sait jamais ce qui peut se passer dans une longue carrière, et je pense que, pour moi et compte tenu du moment [de ma carrière] dans lequel je me trouve, c'est bien d'être dans le team Petronas SRT. Le soutien technique est bon et l'équipe a démontré pouvoir gagner des courses.

Wilco Zeelenberg, le team manager de Petronas SRT, dit qu'il trouve que tu passes trop de temps sur l'ordinateur, à analyser le moindre détail. Serais-tu prêt à changer ta manière de travailler ?

Franchement, je suis ouvert à tout. Ce que je comprends c'est que dans le team satellite, on aura un peu moins de personnes autour de la moto et qu'on peut se concentrer plus sur le résultat de la course. Quand on est dans le team factory, une partie du travail est aussi dédiée au développement de la moto, [pour] la saison [en cours] et la suivante, ce qui prend beaucoup de temps. J'ai hâte de commencer à travailler avec cette équipe. Après, c'est l'idée que je m'en fais de l'extérieur, mais je ne suis pas à l'intérieur. Il faut que l'on comprenne quelle est la meilleure façon de travailler ensemble, avec Wilco et tout le team, mais je suis clairement ouvert à tout.

Est-ce un soulagement de ne plus avoir autant de développement que dans l'équipe d'usine ?

C'est quelque chose qu'il nous faut comprendre, car ce sera différent, oui. On peut se concentrer plus sur le week-end et la priorité n'est plus de développer la moto, ce qui est bon pour les résultats. L'année dernière, on a vu les pilotes satellites décrocher beaucoup de très bons résultats, alors que les pilotes factory rencontrent parfois plus de problèmes, alors c'est bon pour moi.

Franco Morbidelli et toi avez deux motos différentes : pourrais-tu faire des essais comparatifs entre elles deux ?

Non, parce que Yamaha a déjà décidé l'année dernière que la moto de 2020 était pour moi, ainsi que Maverick et Fabio, et que Franco allait continuer avec la moto de 2019. Ce sera un aspect très important cette année, parce qu'il faut que l'on comprenne s'ils ont réussi à améliorer la moto de 2020 ou bien si celle de 2019 est toujours [la plus] compétitive. Ce sera un peu plus difficile pour l'équipe de travailler avec deux motos, cela va créer un peu de confusion, mais la différence n'est pas très grande. En tout cas, je ne vais pas tester l'ancienne moto.

Quelle a été ta préparation pour cette saison ?

Cette année, on peut faire une prépa plus normale. L'année dernière, début mars on nous a dit qu'il fallait qu'on s'arrête et ça a duré trois mois, sans qu'on sache exactement si et surtout quand on allait reprendre. C'était donc un peu difficile de se présenter sur la première course à 100%. Cette année, les choses sont plus claires, on peut donc travailler plus. Quand on vieillit, il faut travailler un peu plus, surtout sur la respiration. Donc plus de moto, plus de running, et il faut essayer de s'améliorer en cardio. Je me sens bien, je me sens en forme, prêt à commencer. Mais il faut attendre les tests, parce qu'on va passer cinq jours sur la moto. Après les tests, on aura les idées plus claires.

Valentino Rossi, Petronas Yamaha SRT

On peut voir ton transfert vers l'équipe satellite Yamaha de deux façons : estimer que ta carrière est sur le déclin ou bien, au contraire, le voir comme une nouvelle stimulation. Quel regard portes-tu là-dessus ?

Je suis d'accord. Comme d'habitude, tout dépendra des résultats. Moi, ça me plaît. Ça a du sens que les deux équipes soient comme ça. Mais je me sens en forme, je pense pouvoir être compétitif et avoir encore beaucoup à donner à Yamaha et au team Petronas. C'est donc l'objectif. Je suis curieux de voir comment se passera le travail, à mon avis ça ne changera pas beaucoup, mais il faut que je fasse le maximum pour être plus compétitif que ces deux dernières saisons.

À la fin de la saison, tu seras content si...

… si je termine dans le top 5 du championnat.

Je ne cours pas pour démontrer à Yamaha que je pouvais rester dans l’équipe officielle.

Valentino Rossi

Les pilotes ont souvent besoin d'être stimulés par quelque chose pour courir. Quelle est ta principale stimulation cette année ? Prouver à Yamaha qu'ils ont eu tort ? Retrouver le chemin de la victoire ? Battre tes élèves de l'Academy ?

Il y en a beaucoup. Franchement, je ne cours pas pour démontrer à Yamaha que je pouvais rester dans l’équipe officielle, plus pour le reste. J'aimerais recommencer à gagner. L'année dernière, j'ai fait un seul podium, j'aimerais en obtenir plus. Et puis me bagarrer avec Franco, et aussi battre Pecco [Bagnaia] et Luca [Marini]. Je veux essayer d'être plus rapide, marquer beaucoup de points et essayer de figurer parmi les premiers à la fin de la saison. Des motivations, j'en ai donc beaucoup !

On comprend que tu continues parce que tu aimes ça, mais le dixième titre, tu y penses encore ou bien tu es là pour le plaisir et ce n'est plus une obsession ?

Tous ceux qui sont sur la grille pensent pouvoir gagner le titre, et moi aussi, absolument. Pourquoi pas ? C'est difficile, parce qu'il a beaucoup de pilotes très forts, mais il faut prendre en considération tout un tas de choses : comment est la moto, comment je me sens dans l'équipe, si je suis en forme… Moi, je me sens plutôt en forme, alors je cours assurément pour essayer de gagner. Mais le titre n'est pas une obsession, je peux aussi être content si je gagne à nouveau une course et que je fais quelques podiums, disons si je fais une saison parmi les protagonistes... Ensuite chacun décide ce que ça veut dire ! [rires]

À tes millions de fans dans le monde, peux-tu dire que tu t'amuses encore ?

J'ai beaucoup de fans, parce que pendant très longtemps je les ai amusés − peut-être pas toujours, mais souvent. Pour faire en sorte qu'ils s'amusent, il faut faire de belles courses, des dépassements, il faut se battre pour le podium. C'est donc ça l'objectif. Plus que m'amuser, moi, c'est eux que je dois amuser.

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Auteur Léna Buffa