Zarco : "En course moto, tout n’arrive pas qu’au GP de France"

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Zarco :
Par : Léna Buffa
Co-auteur: Guillaume Navarro
22 mai 2018 à 09:00

Il a manqué le coche à domicile, mais Johann Zarco sait que l'expérience vécue au Mans est une nouvelle étape importante dans son parcours, riche en enseignements.

Il la voulait, cette victoire, mais Johann Zarco devra se montrer encore un peu plus patient avant de monter sur la plus haute marche d'un podium MotoGP. Les cases se cochent petit à petit, et la pole position à domicile en est assurément une majeure dans son parcours, mais le pilote Tech3 n'aura pas réussi à aller au bout de l'exploit en faisant retentir la Marseillaise dimanche après-midi, ce qui aurait été une première sur cette épreuve depuis des décennies.

En bagarre dans le groupe de tête, Zarco admet être parti à la faute en tentant de se défaire d'un Jorge Lorenzo comme souvent parti très fort, ne voulant pas se contenter d'un résultat seulement mitigé sur cette course pour laquelle ses attentes comme celles du public et des observateurs de tous bords étaient les plus élevées qui soient.

Face à la presse, dimanche après-midi, le double Champion du monde débriefait en toute franchise cette occasion manquée, admettant avec franchise son erreur, sa colère, mais aussi le bonheur d'avoir vécu un week-end aussi intense devant des spectateurs au nombre record.

Une cinquième place, tu n’aurais pas pris ?

Après réflexion, on se dit que c’est toujours plus de points mais il faut savoir prendre la responsabilité de pousser autant à la limite. Quand on part de la pole position, on en envie de penser à la victoire. De toute façon, quand on est en mesure d’être devant, c’est la stratégie pour y aller. Mais là, j’ai eu beaucoup de difficulté, et c’est ça qui m’a mis à la limite aujourd’hui. J’étais sans doute à cette limite déjà depuis vendredi et samedi, mais quand on est directement confronté aux adversaires en pleine course, on s’en rend compte encore plus.

Et puis, comme je l’ai dit, si j’avais patienté derrière Lorenzo et si j’avais ensuite patienté derrière Márquez quand il m’a passé, j’aurais encore perdu des places. Je le sais maintenant par métier : vu ma conduite et ma moto, si je patiente, je perds des places. Donc l’option de patienter n’est pas interdite, mais je n’ai pas envie de la prendre. Sinon, je n’apprendrai jamais. Je rentrerai dans une marge et je n’évaluerai jamais.

Tu étais très énervé au retour : était-ce contre la moto ou ton erreur de pilotage ?

C’est un mix des deux. On est déjà tellement dans un état de transe pour rouler et se battre à plus de 300 km/h qu’il faut plus que quelques minutes pour redescendre de cet état. Et là, j’avais, c’est sûr, de l’énervement et de la déception mêlés. Ça peut se comprendre et il a fallu une bonne heure pour analyser tout ça et l’accepter.

Cela restera un week-end spécial, avec une relation particulière avec les fans et cette pole ?

Je pense que dans tous les cas, c’était un week-end fantastique : on attend beaucoup de moi, et je réponds presque bien à tout ça [sourire]. Et toutes les bonnes perfs, et surtout ce samedi, font attendre encore plus. Pour cette course, j’ai soufflé, je me suis calmé. Je sentais mon cœur battre juste avant le départ, mais calmement. J’étais prêt, on avait fait le bon choix de pneus. Avec des si, on peut refaire le monde, mais il aurait sans doute fallu patienter et attendre que la moto soit plus facile à conduire et que les autres aient plus de mal au niveau du rythme. J’ai pu y penser pendant la course, mais je n'ai pas pu l’appliquer car c’était trop dur. En gardant le sourire, on va continuer à régaler les fans ; ils vont comprendre qu’en course moto, tout n’arrive pas qu’au Grand Prix de France, et simplement, il faut foncer pour la victoire : c’est la meilleure des choses.

Il n'y avait pas trop de pression ?

Non, c’est vous qui la mettez, la pression. Et moi, maintenant, j’ai appris à profiter de ces moments-là. Donc c’est peut-être encore trop tôt pour dire s’il y a eu de la pression, mais je pense que vu la façon dont s’est déroulé le week-end, la pression, on l’a bien gérée. Et même au moment de la course, ça pouvait aller. Après, il faut se remettre au fait que – et là, il n’y a que les motards et ceux qui ont couru en moto qui peuvent comprendre ça – perdre 40 m à l’accélération, ça ne rend pas la tâche facile…

Johann Zarco, Monster Yamaha Tech 3

Au moment où tu as chuté, est-ce parce que tu as freiné un peu trop tard ?

Vraiment techniquement, au moment de la chute, je suis arrivé un poil vite dans le virage et j’étais un tout petit peu plus large que d’habitude. Il aurait presque fallu que je redresse la moto et que je sorte du virage et que je perde 3-4 places, mais j’ai quand même voulu prendre le virage. Je ne m’attendais pas à tomber comme ça, et finalement on voit que le fait d’avoir insisté pour prendre le virage m’a fait reprendre de l’angle et chuter. Donc oui, c’est une erreur de pilotage, et l’analyse, c’est : 'Pourquoi j’ai fait cette erreur ?' Et je ne sais pas combien on avait fait de tours, mais c’est simplement parce que j’étais en surrégime. Je n’avais pas cette marge de manœuvre qu’il faut parfois pour gérer une course de quarante minutes.

La principale différence entre ta moto et les motos d'usine, c’est un déficit de puissance ?

Aujourd’hui, c’était ça, oui, purement. On peut se plaindre de grip, etc. Moi, je trouve que cela, on l’avait bien géré sur cette piste : la Yamaha fonctionne très bien. Simplement là, avec les 20 kg de plus du plein d’essence, on a l’impression d’un seul coup que la moto va vite, mais pas assez. Simplement, je pense que ça m’aurait aidé.

Est-ce que ta chute au warm-up t'a déconcentré ? A-t-elle cassé ton rythme ?

C’était bien après la chute de repartir avec la moto n°2 et de terminer le warm-up avec un chrono correct. C’est vrai qu’on peut dire : 'Mince, il a subi la pression, il a chuté deux fois aujourd’hui, en plus dans le même virage'. Donc est-ce que c’est le destin ? Je ne sais pas. Au warm-up, j’étais très à l’aise ; en sachant Lüthi plus lent dans les virages, et en plus il s’est écarté à ce moment-là, je me suis dit : ‘Je passe à l’intérieur’, puisqu’en plus, c’est ma force. Malheureusement, il ne m’a pas vu. En discutant après avec lui, il m’a dit : ‘C’est vrai que je me suis élargi mais j’ai été surpris quand je t’ai vu et on n’a pas pu s’éviter’. Ce n’est pas marrant de chuter, mais quand on sait pourquoi… Je ne pense pas que ça m’ait perturbé. Mais c’est vrai que c’est assez curieux de tomber deux fois dans le même virage le même jour. Va savoir !

Márquez est-il plus que jamais favori ?

Là, je pense que oui ! En plus l’opération au championnat est rêvée pour lui. Et, même si sur un tour, on peut lui chiper une pole position ou des places sur la grille de départ, on sent qu’au niveau du rythme, il est finalement au-dessus. Mais je crois que plus que tout, en course, il arrive à ne pas être tout le temps à 100%. Et je crois que ça lui permet de garder beaucoup de lucidité et de contrôle.

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À propos de cet article

Séries MotoGP
Événement GP de France
Catégorie Course
Lieu Le Mans Circuit Bugatti
Pilotes Johann Zarco
Équipes Tech 3
Auteur Léna Buffa
Type d'article Interview