Simona De Silvestro : "La pression, je me la mets moi-même"

Seule femme, et seule pilote européenne à évoluer en Supercars, la pilote de Thoune aborde sa deuxième saison dans le très relevé championnat australien de supertourisme, avec la ferme intention de passer un cap.

Seule femme, et seule pilote européenne à évoluer en Supercars, Simona De Silvestro aborde sa deuxième saison dans le très relevé championnat australien de supertourisme, avec la ferme intention de passer un cap, comme elle l'a expliqué à Motorsport.com.

Après deux premières expériences en Supercars australien lors des 1000 Km de Bathurst en 2015 puis en 2016, la pilote de Thoune a décroché un volant à temps complet au sein de l'équipe Nissan Motorsport (en fait le Kelly Racing soutenu par le constructeur japonais). 

 

Après une première saison complète au volant de la Nissan Altima – avec deux 13e places pour meilleurs résultats mais aussi un top 5 raté de peu lors de la finale à Newcastle -, la pilote suisse veut hausser son niveau en 2018, pour sa seconde campagne dans la discipline.

Lors des deux premières manches de la saison à Adelaïde, Simona de Silvestro s'est classée deux fois 18e, après avoir été également impliquée dans un accrochage avec la Holden de Tim Blanchard dans la course 1. De Silvestro s'est entretenue avec Motorsport.com avant la seconde étape du calendrier, à Melbourne, du 23 au 25 mars.

Simona, comment avez-vous abordé votre deuxième saison en Supercars, après une première année d'apprentissage l'an passé dans la discipline ?
"2017 fut un gros changement pour moi. Depuis une dizaine d'années que j'évoluais en sport automobile, j'avais développé un style de pilotage typé monoplace. Je me suis retrouvée dans une voiture fermée, avec beaucoup moins d'appuis aérodynamiques, au sein d'un championnat regroupant des experts d'une discipline assez spécifique, qui y évoluent depuis de nombreuses années. C'était assez compliqué au début, mais j'ai appris à me sentir de plus en plus à l'aise dans la voiture au fil du temps. Maintenant, je sais ce que je dois faire pour aller plus vite. Et puis, après cette première année d'apprentissage, je n'ai plus à apprendre les circuits – que je ne connaissais pas l'an passé -, et je peux travailler tout de suite sur le set-up de la voiture lors des week-ends de course".

Que pensez-vous devoir améliorer sur cette deuxième saison ?
"Je me sens à l'aise en course, où mon rythme est bon. Lors du premier meeting à Adelaïde cette saison, nous étions dans le top 10 au niveau des temps au tour, ce qui est positif. Ce sont les qualifications, et ma performance sur un tour lancé, que je dois encore travailler, car il est difficile d'aller chercher un bon résultat lorsque l'on part des environs de la 20e place. Il ne manque pas grand-chose et je suis assez confiante".

Vous abordez cette saison avec un an d'expérience en Supercars, mais vous disposez aussi d'un nouvel ingénieur en la personne de Chris Stuckey. Vous a-t-il fallu un moment pour prendre vos marques avec lui ?
"C'est vrai que nous n'avions pas encore vraiment nos habitudes en arrivant à Adélaïde car nous n'avons eu qu'une séance de test à Sydney pour travailler ensemble avant l'ouverture de la saison. Avec Chris, nous avons appris à nous connaître, il sait maintenant ce que j'aime sur la voiture ou pas. Je pense que, pour une première collaboration, nous avons vécu un bon premier week-end à Adelaïde, avec une voiture vraiment bien réglée. D'une manière générale, avoir quelqu'un d'aussi expérimenté que Chris avec nous est une bonne chose en vue de cette saison". 

Au niveau des nouvelles arrivées, quel est également l'apport de l'arrivée de Nick Ollila en tant que nouveau directeur technique au sein de l'équipe Nissan Motorsport ?
"C'est ce qui nous manquait. L'an passé, avec les quatre voitures, on pouvait se retrouver dans des situations où chacun partait dans sa direction. L'objectif de Nick est de faire en sorte qu'il y ait plus de cohésion et de concertation dans la façon de travailler, c'est quelque chose de nouveau, et c'est un plus également pour cette année".

Après une première année d'apprentissage, ressentez-vous une pression plus importante cette année, et des attentes plus élevées ?
"Il est certain qu'il y a plus d'attentes, mais c'est surtout moi qui me mets plus de pression ! J'avais tout à apprendre l'an passé, et j'ai vécu des moments frustrants, mais aussi d'autres moments encourageants. Maintenant, je me sens bien dans la voiture, et c'est à moi d'aller chercher les derniers dixièmes pour aller plus haut. Mais on sait que ce sont toujours les plus difficiles à aller chercher. Et, dans un championnat aussi serré et relevé que le Supercars, on sait qu'un ou deux dixièmes, cela peut faire une grosse différence en termes de position sur la grille".

Le futur incertain de l'implication de Nissan en Supercars, qui n'a toujours pas annoncé ses plans pour après 2018, est-il une source d'inquiétude pour vous ?
"Non, cela ne change absolument rien pour moi ni pour l'équipe d'ailleurs, nous devons avant tout nous concentrer sur cette année, et sur nos résultats. On verra ce qui arrivera par la suite". 

Vous avez été impliquée dans un incident avec Tim Blanchard lors de la Course 1 à Adélaïde. Comment analysez-vous l'incident ?
"C'était un incident un peu étrange. Il y a une règle qui dit que la voiture qui est devant au panneau 150 a la priorité, mais Tim n'a pas lâché et il est arrivé trop vite dans la courbe avant de heurter le mur. Mais c'est comme ça, c'est fait, et il faut aller de l'avant".

Comment abordez-vous le prochain rendez-vous de la saison à Melbourne ?
"C'est une piste qui me plaît beaucoup et je me réjouis vraiment d'y aller. C'est un circuit plus "normal" pour moi, par rapport à Adelaïde qui est un endroit vraiment particulier, très bosselé. À Melbourne, la piste ressemble à plus à ce que je connais".

Même si vous avez longtemps roulé en-dehors de l'Europe, avec notamment plusieurs saisons aux Etats-Unis, est-ce difficile d'arriver dans un championnat 100% australien, et tant que pilote européenne ?
"Ce qui est difficile, c'est que les voitures sont très proches les unes des autres, et que l'on évolue face à des pilotes qui sont dans ce championnat depuis de très nombreuses années, et qui connaissent tous les rouages de la série. C'est un championnat très spécifique pour ceux qui n'ont pas l'habitude, et c'est pour cela que les pilotes européens ont souvent eu du mal à s'y imposer. Bien sûr, il a fallu que je m'adapte, on part quand même de l'autre côté de la planète, et il est naturellement moins facile pour moi de revenir en Europe par rapport à quand je roulais aux Etats-Unis, d'autant que le championnat Supercars est assez long, avec seize meetings au programme. Mais je me sens bien ici aujourd'hui, et l'Australie n'est pas vraiment un pays horrible à vivre (rires) ! On s'y fait vite au final…".

Une question que l'on a dû vous poser souvent mais… être la seule femme dans le peloton, est-ce compliqué ?
"C'est vrai qu'on me pose souvent cette question (rires). Mais non, comme toutes les séries dans lesquelles j'ai déjà roulé par le passé, je ne ressens pas de difficulté particulière en tant que pilote féminine, ni de traitement particulier de la part des autres pilotes. Je suis assez habituée, depuis le début de ma carrière, je suis souvent la seule femme. Bien sûr, avant d'arriver en Supercars, les gens de la série ne connaissaient pas grand-chose de moi, mais je crois avoir prouvé que j'avais ma place". 

À ce sujet, Carmen Jorda a récemment déclaré que la Formule E pouvait être une bonne formule pour les femmes car son pilotage était "moins physique". Que pensez-vous de ce commentaire ?
"Je n'approuve absolument pas cela, je ne vois absolument pas les choses comme cela. Je ne pense pas que le physique soit un handicap pour les femmes en sport automobile. À titre personnel, lorsque je roulais en IndyCar, j'ai déjà piloté des monoplaces qui nécessitaient que je freine plus fort que celles de mes collègues masculins, et cela n'a jamais posé de problème pour moi. Ce genre de déclaration, c'est un peu dommage, et ça peut décourager les jeunes filles qui veulent se lancer dans le sport. Et puis c'est aussi injuste pour les pilotes de Formule E, car ce commentaire pourrait aussi insinuer que la Formule E est un championnat plus "facile", mais c'est faux, et les pilotes de cette série sont des pilotes de très haut niveau, qui ont déjà fait leurs preuves dans d'autres championnats auparavant".

Quels sont d'après vous les obstacles qui attendent des jeunes filles pour se lancer en sport automobile ?
"Aucun ! Personnellement, quand j'avais dix ans, je n'avais qu'une obsession : aller en Formule 1. C'était mon rêve, et je ne me suis posé aucune question. J'ai tout fait pour y arriver (Simona de Silvestro a officié en tant que pilote d'essai pour Sauber en F1 en 2014). Ce qui est difficile, mais c'est pour tout le monde pareil, ce sont les opportunités, trouver des sponsors, être au bon endroit au bon moment. C'est peut-être ce qui m'a manqué en monoplace". 

 

Dernière question : Nissan a annoncé son arrivée en Formule E pour la saison 2018/2019. En raison de votre implication avec Nissan, et de votre expérience en Formule E (Simona de Silvestro est la première femme à avoir marqué des points dans le championnat électrique en 2016), pensez-vous être une candidate idéale pour l'un des deux baquets ?
"Bonne question… J'ai beaucoup aimé roulé en Formule E mais je suis impliquée dans un très beau programme en Supercars, qui est un championnat qui nécessite un investissement total. Et puis il y a beaucoup de clashs entre les deux calendriers. Donc, on ne sait jamais, mais ma priorité du moment est avant tout le Supercars…". 

 

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