Après le drame : Pourquoi les 24H du Nürburgring doivent survivre

Le terrible accident dont a été victime Jann Mardenborough samedi dernier sur la Nordschleife pourrait changer le visage des 24 Heures du Nürbugring. 

Lorsque j'ai assisté pour la première fois aux 24 Heures du Nürburgring en 2003, ce fut un véritable coup de foudre. Je suis monté sur la terrasse en haut du bâtiment principal des stands, et je me suis amusé à jouer à nommer chaque voiture avec l'un de mes collègues. Puis, toute les huit minutes environ, il y avait un bruit strident qui annonçait l'arrivée à haute vitesse de la Porsche 996 biturbo de 700 cv des frères Alzen, frayant son chemin entre les Mini Coopers et les vieilles VW Polo !

Les fans adorait cette Porsche impressionnante, applaudissant chacun de ses passages. L'atmosphère dans la forêt était incroyable, comme une fête à laquelle tout le monde était convié, et regarder les voitures avec une bière à la main alors que le soleil se couchait rendait le spectacle encore plus magique.

Tenant davantage d'un festival que d'une course, cette épreuve est à recommander à quiconque n'y est jamais allé. Mais, aujourd'hui, une ombre plane sur l'édition de cette année. Et il est temps de garder la tête froide et les idées claires. 

La tragédie

L'accident de Jann Mardenborough dans la manche d'ouverture du VLN samedi, dans lequel un spectateur a trouvé la mort après que la voiture de Jann s'est envolée au-dessus des grillages de sécurité dans une zone spectateurs, était vraiment choquant.

On a déjà vu, par le passé, des prototypes, ou les voitures GT1 de l'époque, s'envoler et effectuer un salto, mais jamais une voiture GT3 comme la Nissan GT-R. 

Cet événement tragique a conduit au bannissement temporaire de ces voitures de la Nordschleife, alors que la fédération allemande, la DMSB, mène ses investigations. Un acte sensé, alors que toutes les opinions sont collectées.

Le secrétaire général, Christian Schacht, que je connais et respecte depuis mes années DTM, a commenté de manière sensible : "Nous ne pouvons pas, et ne reprendrons pas notre routine comme si de rien n'était après un accident de ce genre".

Malgré tout, le problème est que les 24 Heures du Nürburgring doivent se dérouler dans à peine six semaines. Si aucune voiture GT3 ne sera admise sur la grille, la physionomie de la course sera totalement transformée. D'un point de vue sportif, ce serait un événement primordial.

Le point de vue des pilotes

Darren Turner est l'un des meilleurs pilotes GT du monde, et compte une expérience énorme sur la Nordschleife au volant de voitures GT3.

"Bien sûr, ce sont des grosses voitures", explique Turner. "Et les améliorations des voitures GT3 au fil des années ont été probablement plus importantes que ce que les gens escomptaient, la catégorie est devenue de plus en plus rapide. L'an passé à Spa, les GT3 étaient plus rapides sur un tour que les GT1 de l'époque (le meilleur tour d'une GT1 avait été signé en 2010 par Oliver Gavin en 2'20''965, à comparé au 2'20''452 signé par Bernd Schneider lors des 24 Heures de Spa l'an passé), cela montre les améliorations effectuées en course GT".

"La Nordschleife est l'un des circuits les plus difficiles au monde, en plus de faire partie de ces rares circuits à être faits de montées et de descentes. Lorsque vous voyez comment les voitures arrivent à cette bosse précisément, nous nous retrouvons tous avec le nez de notre voiture qui décolle sensiblement. Cela fait partie de la course, et partie de ce circuit depuis des années, avec les GT4 ou les GT3, vous décollez un peu".

"Je ne sais pas comment on peut changer ce scenario avec les viteses atteintes à cet endroit de la piste. A moins qu'un élément ne nous ralentisse en amont, une chicane par exemple, sinon il faudrait alors ralentir les voitures de manière mécanique d'une façon importante".

"C'est difficile. Le circuit a sa réputation car il n'a pas changé depuis des années. J'aime le challenge que procure ce circuit, en GT4 ou GT3, c'est incroyable".

La suggestion première de Turner fut l'instauration de zones interdites aux spectateurs, comme au Mans. "Ainsi, la seule personne qui pourrait être blessée serait le pilote, car c'est notre choix que d'être là ou pas. Ce serait un changement rapide à mettre en oeuvre avant la course de 24 heures de cette année. Ensuite nous pourrons réfléchir à une solution à plus long terme".

"On ne veut pas perdre le spectacle d'une GT3 roulant sur la Nordschleife. Il doit y avoir une solution pour préserver le spectacle en étant certain que les spectateurs ne courrent pas de danger".

"Je serais heureux d'y retourner avec le même package. Mais je comprends qu'il y a des préoccupations plus importantes. Avec ce qu'il est advenu, ils doivent penser à la sécurité des spectateurs eux-mêmes, que ce soit avec des grillages plus haut, ou alors les pousser un peu plus loin de la piste. Ou, dans un délai plus court, à une manière d'éviter toute possibilité aux voitures de décoller sur les bosses".

"Dans l'histoire de la course, il y a toujours eu des ajustements au niveau de la vitesse pour prendre des mesures en termes de sécurité. Il est probablement temps d'y réfléchir".

Quelle est la prochaine étape ?

Hans-Joachim Stuck, président de la DMSB et superstar du sport, et l'un des meilleurs pilotes sur la Nordschleife, est aujourd'hui en charge des décisions à prendre.

"Le but est de chercher des solutions qui permettront des courses sécurisées et justes sur la Nordschleife dans le futur", a-t-il expliqué. "Nous allons nous réunir avec les différentes parties la semaine prochaine, pour chercher ce qui est nécessaire à rendre la course plus sûre pour tous ceux qui y sont impliqués".

"Le circuit, les zones spectateurs, les voitures, la réglementation sportive, tout sera discuté pour trouver des solutions à court terme pour les semaines à venir, ainsi que des solutions à plus long terme".

Je laisserai le dernier mot à Turner, quelqu'un qui, comme moi, est tombé amoureux de l'épreuve, même si sa vision est derrière le volant.

"Il n'y a rien de plus exaltant que de conduire ce genre de voiture sur ce circuit", dit-il. "Mais s'ils disent que vous ne pouvez plus y conduire qu'une voiture peu puissante, où est le défi ? J'espère, même si ce fut une horrible expérience pour tout le monde, que nous tirerons des leçons positives et que nous n'assisterons pas à un changement massif et que nous n'allons pas perdre ce qui fait ce circuit : le challenge.

"C'est la raison pour laquelle tant de personne viennent y assiter. J'espère que sa magie ne disparaîtra pas malgré ces circonstances tragiques".

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A propos de cet article
Séries VLN
Pilotes Hans-Joachim Stuck , Darren Turner , Bernd Schneider , Oliver Gavin , Jann Mardenborough
Type d'article Analyse
Tags nürburgring 24 hours