Des propos de Michèle Mouton sur W Series soulèvent le débat

Michèle Mouton se montre critique d'un championnat W Series qu'elle juge discriminatoire, mais les figures de la compétition 100% féminine s'insurgent.

Des propos de Michèle Mouton sur W Series soulèvent le débat

Vice-Championne du monde des Rallyes en 1982, Michèle Mouton est présidente de la commission "Femmes dans le Sport automobile" de la FIA depuis 2009 et garde logiquement un œil avisé sur le championnat W Series. Ce dernier met aux prises 20 pilotes (dont 17 titulaires et trois réservistes pour 18 voitures), toutes des femmes, sélectionnées sur la base de leur talent, sans budget à apporter et avec des primes de fin d'année en fonction du classement général. Huit courses de niveau F3 ayant lieu sur les week-ends de Grand Prix permettent de les départager.

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Cependant, Mouton ne voit pas cette compétition d'un très bon œil en raison du fait que les femmes y courent entre elles. "Si W Series peut être considéré comme un canal de détection/sélection pour attirer plus de jeunes femmes dans le sport automobile et leur permettre d'accéder aux catégories mixtes supérieures pour continuer leur progression, comme le fait notre programme Girls on Track en karting, alors je suis tout à fait pour !" déclare la Française dans un entretien accordé au Figaro.

"Sinon, ce championnat restera, à mes yeux, limité et discriminatoire, les femmes n'étant autorisées à concourir qu'entre elles. Les meilleurs pilotes qui sont déjà dans des équipes professionnelles ne veulent bien sûr pas courir [en] W Series, ce qui explique aussi le niveau limité [du championnat] puisque les plus performantes n'y participent pas."

Le niveau limité, ce n'est pas faux : les écarts sont plutôt larges, avec un top 10 en qualifications qui se tenait en 1"2 au Hungaroring ou 1"0 à Silverstone. Cela s'explique notamment par le fait qu'à part Jamie Chadwick, leader du championnat, aucune concurrente n'a d'expérience récente de la monoplace à ce niveau, et rares sont celles qui en ont eu par le passé. La marge de progression est donc conséquente.

Mouton ajoute : "Le fait d'être une course de soutien lors de certains week-ends de Grand Prix de Formule 1 permettra aux pilotes d'être observées. Mais les équipes de F1 regardent d'abord la performance et il suffit de suivre les temps pour voir le niveau de cette série. Personnellement, je pense que tant qu'elles ne seront pas confrontées à la concurrence des garçons de leur génération, il sera difficile d'émerger en Formule 1 où il ne s'agit plus d'être une des meilleures femmes, mais un des meilleurs pilotes du monde, et pour cela la route est encore longue. J'encourage donc les meilleures de cette série à parfaire leur formation en F4 ou F3 et à défier les hommes dans notre 'pyramide monoplace', qui est mixte."

Michèle Mouton

Ce point de vue est partagé par certaines pilotes comme Sophia Flörsch, dans les mêmes colonnes : "Si les jeunes filles sont sensibilisées au sport automobile grâce à W Series, c'est une bonne chose, bien sûr. Mais, à mon avis, ce seul argument ne justifie pas la séparation des femmes et des hommes dans [les championnats] de courses."

L'Allemande ajoute : "Sur un plan technique, ce que W Series propage avec les femmes de 16 à 28 ans [et même 32 ans, ndlr] passe à côté de la réalité. La sous-structure commence dans le karting et le F4. Les garçons talentueux ont déjà des centaines de courses d'expérience à 16 ans. Et plusieurs dizaines de milliers de kilomètres en monoplace. À 16 ans, un pilote performant doit se concentrer à 100% sur la FIA F4/F3, ou même déjà la F2. Il n'y a pas de place pour W Series."

Sans surprise, Mouton a été tancée pour ses propos par les principaux acteurs et surtout actrices du championnat en question, à commencer par la candidate au titre Alice Powell sur Twitter : "Je crois que Michèle Mouton a besoin de réviser ses infos sur W Series ! Rouler contribue à créer des opportunités ! Certaines de ces pilotes qui ont des volants professionnels voulaient courir en W Series mais n'ont pas pu à cause de calendriers incompatibles…"

Powell fait justement partie de celles qui ont obtenu des opportunités à la suite de la première saison de W Series en 2019, où elle a pris la troisième place et gagné 125'000 $, ce qui a mené à une campagne complète en Jaguar I-Pace eTrophy, une course d'IMSA et un rôle sur le simulateur chez Envision Virgin Racing en Formule E. Auparavant, faute de budget, elle n'avait pas couru pendant des années.

Du côté de l'organisation du championnat, on n'a jamais caché que W Series n'était pas une fin en soi et que l'objectif était de mener les femmes au plus haut niveau – d'où le fait que la Championne n'est plus autorisée à rempiler dans la discipline.

"J'étais compréhensive envers une grande partie des détracteurs au début, car je suis passée par là moi-même pour décider si je pensais qu'un championnat de monoplaces réservé aux femmes était une bonne chose ou non", commente Catherine Bond Muir, PDG de W Series. "J'ai donc connu toutes ces émotions moi-même."

"Mais parce que j'étais impliquée dans l'évolution de [ce concept], je pense qu'une grande partie des critiques étaient basées d'abord sur l'hypothèse que nous traiterions les femmes avec condescendance – et je pense que nous avons prouvé que non : il s'agit de promouvoir les femmes, aucune des pilotes ne s'est jamais vue moins bien qu'une athlète très puissante, et nous ne les traiterions jamais autrement. De plus, nous avons construit des plateformes fantastiques. Cette année, nous allons être [à la télévision] dans encore plus de foyers qu'en 2019. Nous permettons ainsi un gain de notoriété."

"Je pense que nous avons répondu à beaucoup de nos détracteurs – Abbie Eaton, par exemple, était très critique. Et voilà, elle court avec nous, et elle a dit qu'elle avait pris la mauvaise décision car elle a raté la première saison et elle aurait avancé en tant que pilote de monoplace si elle nous avait rejoints."

Cinq des huit courses de la saison 2021 de W Series ont déjà eu lieu, et Jamie Chadwick mène le championnat avec 91 points devant Alice Powell (84) et la doyenne Emma Kimiläinen (60).

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