Édito - Un titre, pour une traversée du désert

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Édito - Un titre, pour une traversée du désert
Par : Guillaume Nédélec
23 nov. 2016 à 09:30

Ils auront dû patienter, les pilotes de la Porsche #2, Neel Jani-Marc Lieb-Romain Dumas. Après un début de saison canon, la machine s'est enrayée, le sable a tout grippé. Il fallait tenir, ce que les trois hommes ont brillamment fait.

Depuis la création du WEC, mis à part en 2014, la compétition se termine à Bahreïn, en plein désert. Drôle de symbolique pour une fin de championnat, de terminer loin de tout, perdu dans les sables. Le désert est aussi associé à une autre image, celle de la traversée de l'océan de sable. L'évocation d'une longue période, difficile, d'adversité vient à l'esprit. Elle peut être aussi celle de l'absence de victoire, de podium.

La traversée du désert, justement, c'est peut-être à Bahreïn qu'elle a pris fin pour Romain Dumas, Marc Lieb et Neel Jani. Champions du monde, certes, mais sans n'avoir plus gagné depuis les 24 Heures du Mans, en juin dernier. Si traversée il y eut, elle fut, en effet, rude et longue.

Pourtant, n'allons pas dire que les trois hommes sont titrés sans panache. Bien au contraire. Remporter un titre, d'autant plus en Endurance, requiert des qualités incontournables. Celles de l'intelligence, de la gestion et de l'opportunisme. 

Neel Jani, Porsche Team

En cela, l'équipage de la Porsche n'a pas failli. Certes, la victoire à Silverstone, en ouverture de saison, fut obtenue sur tapis vert. Encore fallait-il ne pas détruire son prototype en étant trop audacieux dans le trafic, ou tout simplement que la voiture ne respecte le règlement.

Même ton à Spa-Francorchamps. En Belgique, tandis que les Toyota, Audi et Porsche #1 souffraient d'ennuis mécaniques, la #2 tenait la distance. Elle terminait deuxième juste derrière une Audi R18 #8 gagnante presque par défaut.

Sablé sarthois

Arrivait Le Mans. Date butoir d'une saison déjà bien avancée. Jani s'y montrait à l'aise, allant chercher la pole. En course, sous la pluie, et face des Toyota solides, la #2 tenait le coup, le rythme et… la deuxième place. Jusqu'à ces 14h58 fatidiques. La Toyota s'arrêtait, et de simple deuxièmes, sur un coup du sort, Jani-Lieb-Dumas devenaient les héros bien heureux, devant une équipe Toyota malheureuse.

Certains esprits diront que les trois hommes n'étaient pas les vrais vainqueurs. Moralement, c'est Toyota qui méritait de soulever le trophée sarthois. Ce serait faire fi des efforts accomplis par les pilotes de la Porsche #2. Une course de 24 heures ne dure pas 23 heures et 58 minutes. Tout comme une saison ne s'arrête pas à une victoire en Sarthe.

La bonne étoile de la Porsche en Sarthe pouvait briller de mille feux, maudissant Toyota, et laissant dans l'ombre Audi. Ce fut l'ultime fois qu'elle scintillait ainsi. Le sable, perfide, venait assombrir le ciel, s'imprégner dans la confiance et gripper la machine. 

Podium : Douche de champagne pour #2 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Romain Dumas

C'est bien connu, la terre promise est toujours de l'autre côté du désert. La suite de la saison a donc été âpre, rude pour les trois pilotes. Comme si le sort, si favorable jusqu'ici, les détournait subitement de la droite route du succès qui leur semblait construite sur mesure. Jamais plus l'on ne reverrait l'équipage de la #2 sur un podium. Un problème mécanique au Nürburgring en décidait autrement, puis par la suite, un manque criant de réussite, là où désormais, Mark Webber-Brendon Hartley-Timo Bernhard brillaient en tête de peloton, remportant trois courses de suite, quand la #2 terminait quatrième à chaque fois. 

Cinquième au Japon, puis de nouveau quatrième en Chine, un sentiment désagréable d'impuissance pouvait étreindre les trois pilotes. Romain Dumas ne s'en cachait pas. En Chine, l'Alésien le répétait : "Avant de parler du titre, il faut le remporter." À juste titre. Shanghai leur offrait une course encore loin de la tête, les plaçant quatrièmes, quand la Toyota de Stéphane Sarrazin-Kamui Kobayashi-Mike Conway revenait à grands pas. De quoi donner quelques frissons de doute.

#2 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Romain Dumas, Neel Jani, Marc Lieb

Somme de détails

Des tremblements, probablement, quelques insomnies aussi. Toutefois, il fallait garder la tête froide. Le plus difficile, dans le désert, c'est de trouver la sortie. Ce qu'ont su faire les pilotes de la Porsche. Ces places en retrait peuvent paraître bien maigres pour des pilotes du rang de Dumas, Lieb et Jani, mais suffisantes pour les abreuver.

Rien de tel que le désert pour changer l'eau en vin. Et de ce nectar, tirer l'or qui s'y cache. La victoire était loin, dans l'absolu, mais pas au championnat.

Avant d'espérer remporter le moindre titre, il ne fallait pas casser la voiture. Hartley, après Silverstone, peut en témoigner. Il ne fallait pas non plus mettre son prototype dans le bac à gravier. C'est au tour de Kobayashi de pouvoir en parler. Ou, tout simplement, être à l'arrivée, une expression qui pourra faire grincer des dents les pilotes de l'Audi #8. Autant de petits détails, qui, au terme d'une saison, décide qui sera champion, et qui devra applaudir.

#2 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Romain Dumas, Neel Jani, Marc Lieb

Samedi, à Bahreïn, Dumas-Lieb-Bernhard n'ont certes terminé que sixièmes, mais dans ce désert, il fallait le faire. Dans 20, 30, 40 ans, l'histoire ne retiendra pas comment cette couronne a été remportée, mais qui l'a remportée. Bien dommage, car dans l'absolu, c'est une vraie victoire d'Endurance. Un savant mélange d'expérience et de régularité. Le triomphe de la voiture qui tient, celui des marathoniens.

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À propos de cet article

Séries WEC
Événement Bahrain
Lieu Bahrain International Circuit
Pilotes Neel Jani , Romain Dumas , Marc Lieb
Équipes Porsche Team Boutique
Auteur Guillaume Nédélec