LMP1 - L'Equivalence de Technologie, c'est quoi?

Tous les ans, au coeur de l’été, les organisateurs du FIA WEC ajustent l’Equivalence de Technologie. Motorsport.com a voulu en savoir plus et décrypter ce processus important du LMP1.

La catégorie LMP1, qui discute actuellement de son avenir technique via les différents groupes de travail réunissant l’ACO, la FIA et les constructeurs, présente une particularité chère aux organisateurs : la liberté de choix de l’énergie. L’actuel règlement donne ainsi carte blanche aux constructeurs pour définir leurs motorisations et vise à récompenser celui qui trouve le maximum de performance tout en consommant son carburant de la manière la plus efficace. 

A l’heure actuelle, si l’on excepte la présence intermittente de Nissan dans sa première année et les teams privés, le LMP1 voit s’opposer trois marques de renom avec le choix du Diesel pour Audi et celui de l’essence pour Toyota et Porsche. Pour permettre la cohabitation entre ces deux types d’énergie sans que l’un ou l’autre ne soit favorisé, le procédé d’Equivalence de Technologie (EoT) est utilisé chaque année. Mais de quoi s’agit-il exactement? 

Assurer la diversité et l’équité

Il est crucial d’intégrer l’idée d’équivalence en l’opposant à celle d’une Balance de Performance (BoP) comme on peut en trouver dans l’univers du GT. L’ACO insiste clairement sur ce point, il n’est pas question de rapprocher les concurrents entre eux mais simplement de leur donner à tous la même chance de réussir via un réglement équitable. Un paramètre qui assure la variété des choix technologiques. 

On ne touchera pas à la qualité du travail qui est fait par les constructeurs.

Vincent Beaumesnil, Directeur Sport de l'ACO

"Il y a un réglement qui est le même pour tout le monde, et que le meilleur gagne!", souligne Vincent Beaumesnil, Directeur Sport de l’ACO, lors d’un entretien accordé à Motorsport.com. "Nous n'interviendrons jamais pour aider un concurrent. Si Porsche est le plus fort, Porsche est le plus fort ; si Toyota est le plus fort, ils resteront les plus forts, et de même pour Audi. La seule caractéristique un peu particulière, c’est justement cette équivalence de technologie." 

"Il n’y aucune intervention sur la performance des voitures et nous ne toucherons pas à la qualité du travail qui est fait par les constructeurs du LMP1, et certainement pas en rendant la compétition artificielle."

Voiture référence et collecte de données

Dans une discipline où l’esprit est désormais d’être le plus performant possible tout en maîtrisant au mieux sa consommation, l’EoT vient équilibrer les choix des constructeurs en se basant sur la consommation spécifique des voitures, à savoir le rapport entre la consommation et la vitesse. Pour ce faire, les organisateurs désignent une voiture référence - la plus rapide - pour chaque type de carburant avant de procéder à l’ajustement nécessaire, s’il y a lieu. Si Audi est actuellement seul à utiliser le Diesel, la voiture référence pour l’essence est donc la Porsche 919 Hybrid et l’équivalence s’établit entre les deux prototypes. 

"Au final, les deux [Toyota et Porsche] ont la même chance sur le papier, mais celui qui a le moins bien travaillé - la voiture qui n’est pas référence - bénéficie de la valeur de la meilleure voiture, donc aura forcément des progrès à faire", précise Vincent Beaumesnil. "Une fois que nous avons a établi cette équivalence entre les deux carburants, nous n'intervenons pas sur le reste. Celui qui a la meilleure aérodynamique, le meilleur système hybride et qui est capable d’évoluer avec son moteur pour le faire progresser, c’est de l’acquis."

Pour décider de l’ajustement de l’EoT, les valeurs sont relevées sur les voitures via deux types de capteurs : les couple-mètres (torque meter) pour surveiller la performance en obtenant les courbes de puissance, et les débitmètres pour surveiller la consommation. Ensuite, des ingénieurs sont chargés d’effectuer des calculs qui débouchent sur une modification de certains paramètres liés à l’énergie, tels que le débit de carburant autorisé par tour ou la capacité du réservoir. 

Le Mans, valeur étalon par excellence

Le principe de l’Equivalence de Technologie ne pourrait pas fonctionner correctement sans un timing clairement défini et réfléchi. Celui-ci a été décidé par les organisateurs du WEC sur la base d’une certitude sportive. "S’il y a une course où tout le monde se donne à fond et ne cache pas son jeu, c’est Le Mans", souligne Vincent Beaumesnil. "Sur les autres courses aussi, mais on pourrait se dire que la course d’avant certains pourraient ne pas montrer toutes leurs cartes. La seule course que nous allons analyser pour prendre ces décisions c’est Le Mans."

C’est donc chaque année après l’épreuve mancelle que l’EoT est modifiée en se basant sur les performances des constructeurs lors du rendez-vous le plus important de l’année. 

"Une fois que nous avons collecté ces données, si nous constatons que la meilleure essence a une consommation spécifique plus favorable que la meilleure Diesel, nous allons équilibrer ça après les 24 Heures du Mans et ça repart pour un an. Nous ne touchons plus à rien jusqu’à après Le Mans de l’année suivante." 

"Entre le moment où nous avons fait cette modification après Le Mans, jusqu’à Le Mans l’année prochaine, si parmi les concurrents il y en a qui travaillent durant l’hiver et font des progrès en obtenant une meilleure consommation spécifique, ils vont en bénéficier jusqu’aux 24 Heures du Mans l’année prochaine. C’est un moyen de ne pas pénaliser le travail qu’ils font les uns et les autres."

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A propos de cet article
Séries WEC , 24 heures du Mans
Équipes Toyota Racing , Nissan , Team Joest , Porsche Team
Type d'article Interview
Tags aco, carburant, consommation, diesel, endurance, eot, equivalence, essence, fia, lmp1, performance, réglement, technique, technologie, vincent beaumesnil