Édito - L'homologation de la Polo 2017, un passe-droit pour VW ?

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Édito - L'homologation de la Polo 2017, un passe-droit pour VW ?
Par : Jean-Philippe Vennin
1 févr. 2017 à 08:28

La volonté de Volkswagen de faire homologuer sa Polo répondant au nouveau règlement, dans le but que celle-ci soit alignée en compétition cette année, pose un cas de conscience à ses adversaires sur lesquels repose la décision finale...

La question divise le plateau du championnat du monde des rallyes en ce début de saison. Faut-il autoriser Volkswagen à aller jusqu'au terme du processus d'homologation de sa Polo R WRC 2017, ce qui reviendrait à accorder un passe-droit au constructeur - voire, pour ses adversaires, à prendre le risque que cette voiture, engagée forcément hors championnat, leur taille quelques croupières ?

Après avoir, avec peut-être un peu de précipitation, décidé puis annoncé - au lendemain de la conquête de deux nouveaux titres mondiaux des pilotes/copilotes et des constructeurs au Rallye de Grande-Bretagne 2016 - son retrait de la discipline sur laquelle la marque régnait depuis quatre saisons, Volkswagen a en effet semblé, depuis, tout faire pour revenir en partie sur ce choix.

Il faut dire que ledit retrait, plus qu'à des considérations purement économiques comme cela avait pourtant été argumenté, semblait davantage découler de questions politiques et de communication, faisant de ce programme sportif et de celui d'Audi en Endurance des victimes collatérales du fameux scandale du “Dieselgate”. Volkswagen, faut-il le rappeler, a été accusé de truquer les tests anti-pollution menés sur ses modèles aux États-Unis.

Sébastien Ogier, Julien Ingrassia, Volkswagen Polo WRC, Volkswagen Motorsport
Sébastien Ogier, Julien Ingrassia, Volkswagen Polo WRC, Volkswagen Motorsport

Le fait que Volkswagen Motorsport n'a pas caché disposer encore d'un budget conséquent est venu corroborer cette thèse. Ainsi, entre l'annonce du développement d'une version R5 de la Polo destinée elle aussi au rallye, et celle, plus récente, du soutien officiel apporté à l'équipe de Petter Solberg dans le championnat du monde de rallycross à compter de 2017, des déclarations se sont vite fait entendre sur la possibilité d'aligner des Polo privées en WRC, également dès cette année alors même que cette hypothèse avait été exclue fermement lors de l'annonce du retrait.

Beaucoup d'équipes privées nous ont demandé d'aligner la voiture [2017] et, bien qu'aucune décision n'ait encore été prise pour savoir si nous le ferons, le développement étant effectué à 99%, cela avait un sens de franchir les derniers paliers exigés pour l'homologation, donc nous le pouvons si nécessaire”, déclarait ainsi Frank Welsch, membre du directoire de Volkswagen chargé du développement, au magazine britannique Autocar dès la première semaine de décembre.

Volkswagen Polo R WRC 2017
Volkswagen Polo R WRC 2017

Il ne fallut alors que quelques jours, après que Nasser Al-Attiyah eut indiqué son intention de tout faire pour disputer “une saison complète” cette année au volant de la Polo 2017 avec le soutien du Qatar - et peut-être même, selon la rumeur, une équipe de plusieurs voitures étendue à Sébastien Ogier voire Andreas Mikkelsen - pour que les propos se fassent plus insistants et précis quant à une réelle implication de Volkswagen Motorsport dans un tel projet.

J'y travaille et j'ai toujours soutenu l'idée d'avoir des voitures en compétition en dépit de notre retrait en tant qu'équipe d'usine”, expliquait alors Wolfgang Durheimer, directeur de la compétition du Groupe Volkswagen, toujours à Autocar. “Le facteur le plus important est qu'aucun projet ne nous coûte le moindre argent, mais si un bon accord peut être trouvé, alors nous apporterons notre aide de toutes les façons dont nous le pouvons en détachant du staff de VW Motorsport pour aligner et développer les voitures.”

Volkswagen Polo R WRC 2017
Volkswagen Polo R WRC 2017

Il se trouve que le projet d'Al-Attiyah a rapidement capoté, et que Volkswagen n'est pas allé au bout du processus d'homologation de sa Polo dont le développement était donc effectué “à 99%.” Développement que l'équipe allemande avait entamé bien avant ses rivales, dans le courant de 2015, avec Marcus Grönholm relayé ensuite par d'autres pilotes - dont les officiels de la marque en WRC.

Du côté de Wolfsburg, on ne s'avoue pourtant pas vaincu et une requête a été déposée, visant à pouvoir homologuer la Polo 2017 pour lui permettre de prendre le train en marche cette année, dans des conditions et pour un nombre d'épreuves non déterminés. De quoi faire grincer des dents chez les participants au championnat du monde qui, eux, ont respecté la condition que leur nouvelle voiture soit homologuée à la date du 1er janvier au plus tard, afin de pouvoir en engager au moins deux toute la saison durant.

“Ce dont nous parlons avec la FIA est une dérogation exceptionnelle pour l'homologation. Ce genre de chose n'a jamais été faite avant, il est donc clair qu'il nous faudrait quelque chose d'exceptionnel pour rendre possible d'utiliser la voiture”, expliquait Sven Smeets, le directeur de Volkswagen Motorsport, quelques jours avant le Rallye Monte-Carlo. “La chose la plus importante pour moi est que nous puissions faire passer à la voiture ce processus extraordinaire.”

 

Les voitures alignées devant le Casino
Les voitures alignées devant le Casino

Voilà où nous en étions quand une réunion a été organisée, sous l'égide de la FIA, à Monaco le jeudi 19 janvier. À quelques heures de la cérémonie de départ du Monte-Carlo, les grands patrons des équipes Citroën, Hyundai, M-Sport et Toyota se sont donc assis autour d'une table, puisque sur eux reposait - et repose toujours - la décision d'accéder ou non à la demande de Volkswagen.

“La réunion a été positive, l'ambiance était bonne - les gens ont fait part de leurs inquiétudes et ils sont en droit de le faire. Je vais en discuter avec Volkswagen, puis nous nous réunirons à nouveau”, a déclaré Jarmo Mahonen, responsable des rallyes à la FIA, à Autosport, média du groupe Motorsport Network, en sortant de cette réunion.

Plus on est de fous, plus on rit ?

Positive peut-être, mais peut-être pas tant que cela pour Volkswagen. Parmi les patrons de teams, en effet, seul Tommi Mäkinen, pour Toyota, estime de l'intérêt de tous que la marque allemande soit de la partie d'une façon ou d'une autre. Peut-être l'ancien pilote verrait-il d'un bon œil une bagarre sur les routes du WRC entre les deux premiers groupes mondiaux, comme cela était prévu à l'origine quand Toyota a pris la décision de revenir en WRC - et alors que Volkswagen vient justement de s'emparer de la place de numéro un sur le marché mondial aux dépens de... Toyota.

Toyota Yaris WRC, Toyota Racing
Toyota Yaris WRC, Toyota Racing

Notre sentiment est que le championnat est plus fort à plusieurs et que si nous avons encore plus d'équipes, nous sommes encore plus forts”, a ainsi déclaré le Finlandais. “La question est de savoir à quel point nous pouvons le faire pour les fans tout autour du monde. Nous n'avons rien contre le fait que Volkswagen vienne courir contre nous. Il est question d'apporter plus de valeur et plus d'intérêt [au championnat].” Bref, plus on est de fous, plus on rit.

La vision n'est cependant pas la même du côté de Hyundai et de Citroën, où l'on considère avoir coché toutes les cases nécessaires à un engagement en bonne et due forme, et l'on se montre très réticent à voir un adversaire qui a fermé la porte derrière lui tenter de revenir par la fenêtre.

Le parc d'assistance Hyundai Motorsport
Le parc d'assistance Hyundai Motorsport

Pour l'instant, de la façon dont la réglementation est écrite, ce n'est pas possible. Je n'ai rien contre Volkswagen, mais pour moi, c'est un peu étrange de prendre cette grande décision [celle de partir], et puis, soudain, d'avoir besoin d'homologuer la voiture”, considère ainsi Michel Nandan, directeur de Hyundai Motorsport. “Si nous commençons à donner une dérogation à tout le monde, alors ça peut être difficile. Je pense que tout le monde doit respecter les règles : si vous voulez homologuer la voiture, vous devez vous engager pour le championnat.”

Je peux comprendre leur problème, mais beaucoup d'entreprises ont des problèmes qui leur font arrêter la compétition – j'ai eu la même expérience dans le passé”, conclut celui qui vit Peugeot se retirer à la fin de 2005, après l'échec du coupé 307 WRC qui avait succédé à la 206.

Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team
Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team

Même son de cloche, justement, en un peu moins appuyé cependant, du côté de PSA où le directeur de Citroën Racing, Yves Matton, estime : “Nous avons besoin de plus d'informations. C'est toujours une bonne idée d'avoir plus de voitures dans le championnat, mais c'est peut-être une perspective à court terme.”

Nous devons être sûrs que cela apporte quelque chose au championnat, et non pas l'opposé. Pour l'instant il n'y a qu'une ligne [dans la demande de Volkswagen] : ‘pour homologuer la voiture et faire quelques rallyes’.”

Peut-être nous faut-il revoir les règles pour participer au championnat, mais nous devons le faire de la façon adéquate et pas lors d'une réunion de 30 minutes.”

Craig Breen, Scott Martin, Citroën DS3 WRC, Abu Dhabi Total World Rally Team
Craig Breen, Scott Martin, Citroën DS3 WRC, Abu Dhabi Total World Rally Team

Concernant Citroën, une objection pourrait être que l'équipe française à elle-même disputé une bonne partie de la saison 2016 en apportant son soutien à une équipe privée, remportant même deux victoires au Portugal et en Finlande. Force est de reconnaître, cependant, qu'elle le fit avec une ancienne voiture, la DS3 WRC (ci-dessus), et Mahonen balaie l'argument d'un revers de manche.

Citroën s'était engagé à revenir [en 2017], ce que Volkswagen n'a pas fait. Les constructeurs ont des restrictions dans des domaines comme la boîte de vitesses via le règlement sur les pièces clés et nous devons faire en sorte d'être sûrs que tout le monde soit traité honnêtement - on ne peut les [Volkswagen] laisser venir tout le temps avec la nouvelle voiture”, dit l'homme de la FIA, tout en précisant qu'il “comprend les inquiétudes” exprimées et notamment celle de Michel Nandan.

La Ford Fiesta WRC M-Sport
La Ford Fiesta WRC M-Sport

Un point de vue encore plus nuancé que celui de Matton est donné par le quatrième larron, Malcolm Wilson. Le patron de M-Sport, qui n'est pas à la tête d'une équipe officielle même si cette dernière reçoit un soutien de Ford, se situe quelque part entre Mäkinen et Nandan sur l'échelle des réactions.

Mes sentiments sont en phase avec ceux de la majorité des autres constructeurs : il y a un processus et une procédure que nous avons suivis pour homologuer nos voitures”, rappelle le Britannique. “Je pense que nous devons savoir exactement ce qui est prévu pour la voiture [la Volkswagen] et comment les règlements vont fonctionner à mesure qu'on avance [cette saison]. Une fois que nous aurons ces informations, nous pourrons avoir une vision mieux informée.”

Kris Meeke, Paul Nagle, Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team, Hayden Paddon, John Kennard, Hyundai i20 WRC, Hyundai Motorsport, Sébastien Ogier, Julien Ingrassia, Ford Fiesta WRC, M-Sport
Les voitures alignées avant le départ du Rallye Monte-Carlo

Après le Monte-Carlo, personne, et surtout pas Volkswagen, ne se trouvait donc plus avancé. On ne semblait pas trop croire à une solution à ce stade, cependant, du côté de l'équipe allemande. “Nous travaillons sur un calendrier différent désormais. Le 1er janvier est passé et si cela signifie que nous devons attendre un rallye de plus pour être sûr que les gens soient contents du processus, alors c'est ce que nous ferons”, déclarait en effet Sven Smeets peu avant la fameuse réunion.

Un rallye de plus, c'est donc bien, et au minimum, ce que risque de devoir attendre Andreas Mikkelsen. Seul des trois pilotes officiels de Volkswagen ces dernières années - avec Sébastien Ogier et Jari-Matti Latvala - à ne pas avoir retrouvé de volant officiel (autre que celui d'une Skoda avec laquelle il a survolé la catégorie WRC2 au Monte-Carlo), il se raccroche en effet désormais à cette possibilité.

J'ai fait tellement de tests dans la Polo, c'est la seule voiture que je sache comment piloter ! Je veux piloter celle-ci, ce serait sympa que ça devienne réalité.

Andreas Mikkelsen

Le but est d'être de retour dans une voiture d'usine et de nous battre au championnat du monde l'année prochaine”, dit le Norvégien, sur le podium du championnat ces trois dernières années. “Mais cette année, nous voulons faire trois rallyes dans la Polo 2017. On a espéré pouvoir l'aligner en Suède, mais il n'y avait aucun moyen de l'homologuer à temps, alors nous travaillons pour le Portugal.”

J'ai fait tellement de tests dans la Polo, c'est la seule voiture que je sais comment piloter ! Je veux piloter celle-ci, ce serait sympa que ça devienne réalité. Je dois trouver des sponsors, et, bien sûr, il faut savoir ce qui est possible pour l'homologation.”

Andreas Mikkelsen, Volkswagen Polo WRC, Volkswagen Motorsport
Andreas Mikkelsen, Volkswagen Polo WRC, Volkswagen Motorsport

Trois rallyes, dans le seul cas de Mikkelsen, cela ne serait sans doute pas un drame pour les autres équipes. Une Polo compétitive (comme elle est supposée l'être même si ses concepteurs admettaient il y a quelques semaines avoir été plus conservateurs dans sa conception que leurs rivaux), aux mains de Mikkelsen et sur des manches dûment sélectionnées, pourrait représenter un danger potentiel en termes de performance, mais aussi apporter des informations très précieuses avant une éventuelle participation à l'intégralité du championnat 2018, avec au minimum une équipe privée disposant d'un important soutien de l'usine.

La suite au prochaine épisode. Ou, sans doute, à la prochaine réunion.

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