Édito - Et si le retrait de VW était une bonne chose pour le WRC ?

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Édito - Et si le retrait de VW était une bonne chose pour le WRC ?
Par : Jean-Philippe Vennin
14 déc. 2016 à 08:45

L'annonce du départ de la marque allemande, après quatre années de domination quasi totale sur le Championnat du monde des Rallyes avec autant de titres des pilotes et des constructeurs glanés, ne pouvait finalement peut-être pas mieux tomber.

Bien sûr, le départ d'un concurrent aussi important que ne l'a été Volkswagen pour le WRC, un concurrent qui s'est et a autant investi, comme le reconnaissent la majorité des acteurs de la discipline - y compris dans les rangs de ses anciens rivaux -, n'est jamais une très bonne nouvelle, a fortiori pour un championnat luttant face à un manque de visibilité dans les médias et des retombées qui vont avec. Sauf que celui-ci, de départ, survient à un de ces moments où le rallye fait sa révolution au plus haut niveau, et où le nombre d'équipes engagées n'a pas été aussi élevé depuis longtemps. Dans ce contexte, il a offert l'immense intérêt de redistribuer encore plus les cartes.

Il y a bien des raisons de penser que la mainmise de Volkswagen sur le WRC, illustrée par 43 victoires en 52 rallyes de 2013 à 2016, aurait eu de bonnes chances de se prolonger à partir de l'année prochaine - malgré un tout nouveau règlement technique faisant la part belle à des voitures dotées, pour faire court, d'une aérodynamique bien plus agressive et frôlant désormais les 400 chevaux par l'entremise d'une bride du turbo élargie de quelques millimètres. En effet, même si toute remise à plat des règles du jeu permet théoriquement à l'ensemble des participants de repartir sur un pied d'égalité, Volkswagen n'en avait pas moins les moyens les plus importants et avait lancé le développement de sa nouvelle petite bombe bien avant ses adversaires - en faisant rouler une voiture intermédiaire en tests, aux mains expertes de Marcus Grönholm, dès le courant de l'année 2015.

Retard à l'allumage

Par comparaison, Toyota (qui a pourtant confirmé à l'été 2015 sa décision de revenir en WRC après de longues tergiversations), Citroën (qui a pris une année sabbatique en 2016 afin de mettre au point sa nouvelle C3 - comme la marque aux chevrons l'avait déjà fait en 2006 pour la C4 -, s'octroyant ainsi davantage de journées d'essais autorisées), Hyundai (qui avait déjà conçu et présenté une nouvelle version de l'i20 attendue une bonne partie de 2015 et finalement apparue au début de cette année), et M-Sport (qui dispose, ou disposait jusqu'à l'année dernière, de ressources considérées comme inférieures) n'ont posé une voiture sur la route que de longs mois plus tard - au mieux.

Toyota Racing, Toyota Yaris WRC 2017

Redistribuer les cartes, disions-nous. Le retrait de Volkswagen a également eu pour effet direct de le faire plus encore que prévu en laissant sur le marché le meilleur pilote du plateau et de deux ses principaux challengers. Si Sébastien Ogier, fort de 31 victoires sur les mêmes 52 derniers rallyes et de ses quatre titres au volant de la Polo R WRC première génération, a aussitôt fait savoir qu'il souhaitait essayer les quatre voitures appelées à courir en 2017 - l'engagement de nouvelles Polo privées n'était pas encore dans les tuyaux, en tout cas officiellement - avant de décider laquelle il voudrait piloter en course, deux équipes se sont empressées de tout faire pour s'attirer ses bonnes grâces.

"J'espère qu'il ira chez Malcolm"

Si Toyota a vaillamment tenté sa chance (sans trop y croire sans doute et en ayant par ailleurs des contacts avancés avec Jari-Matti Latvala) en étant la première des deux à offrir une séance de tests au pilote français, la cote de M-Sport pour s'attacher les services de ce dernier s'envolait déjà jusqu'à sembler irrésistible. Et l'officialisation de la venue d'Ogier dans la seule équipe à ne pas dépendre officiellement d'un constructeur est apparue comme une confirmation de ce que tous les acteurs et observateurs, ou presque, semblaient attendre... voire souhaiter.

Il fut en effet saisissant, ces dernières semaines, de voir autant d'adversaires d'Ogier dire qu'ils espéraient le voir rejoindre l'équipe anglaise. Et pas du tout parce qu'il y aurait été davantage affaibli qu'ailleurs, d'autant que l'impressionnant travail accompli sur la nouvelle Fiesta a été très largement souligné. Non, cette volonté semblait due avant tout au respect que Malcolm Wilson, le patron de M-Sport, inspire à ses propres adversaires. “J'espère qu'il [Ogier] ira chez Malcolm.” Que n'a-t-on pu entendre cette phrase répétée à l'envi, par exemple lors de la présentation de la Hyundai 2017. On espère pour eux qu'ils n'auront pas à la regretter...

Hyundai i20 Coupe WRC

Si l'équipe du constructeur coréen, qui se défend d'être promue au rang de favorite du seul fait de sa deuxième place de cette année - sans doute pour faire baisser un peu la pression -, a été l'une des deux qui ne laissa point à Sébastien Ogier l'occasion de tester sa nouvelle i20 Coupe WRC, c'est parce qu'elle affichait déjà complet avec Thierry Neuville, Hayden Paddon et Dani Sordo. Son directeur, Michel Nandan, serait allé jusqu'à déclarer que cela aurait pu être un manque de respect envers le trio. Il est à noter que si le Belge avait choisi de rejoindre Citroën, comme il en a été longtemps question, plutôt que de rester du côté d'Alzenau, Hyundai aurait sans doute remué ciel et terre pour profiter de l'aubaine une fois Ogier disponible, et l'histoire aurait pu être différente...

Un rendez-vous manqué 

Le “refus” de Citroën d'accorder à Ogier ce privilège d'essayer sa nouvelle arme (privilège dont Latvala assure qu'il était réservé à son ancien équipier, tant les équipes qui l'ont fait étaient avides d'engager celui-ci), ou en tout cas le fait que rien de ce genre ne se soit produit, peut paraître plus étonnant. Si le directeur de Citroën Racing, Yves Matton, a affirmé sitôt l'annonce de la "libération" d'Ogier qu'il discuterait forcément avec l'intéressé, la volonté de l'engager n'a jamais franchi la porte des coulisses de leurs négociations. Si tant est qu'elle ait vraiment existé.

Le concept-car Citroën C3 WRC

Kris Meeke, ainsi leader incontesté d'une équipe française qui semble faire un peu pâle figure en comparaison de ses rivales, avec ses rapides mais encore jeunes Craig Breen et Stéphane Lefebvre aux côtés du Britannique, eut beau claironner qu'il souhaitait qu'Ogier le rejoigne afin de pouvoir l'affronter à armes égales, il semble que la difficulté de devoir gérer un tel duo ait été un handicap trop menaçant du côté de Satory. Nul doute qu'en interne, certains membres, ou d'anciens ayant longtemps habité les lieux, n'ont pas dû comprendre que la perspective d'un mariage qui paraissait logique et évident pour un grand nombre - les réactions de nombreux lecteurs de Motorsport.com en témoignent - n'ait même pas semblé atteindre le stade des fiançailles.

Que vaut vraiment cette Polo ?

Le décor est donc en grande partie planté, suite à l'annonce, ces deux derniers jours, des arrivées d'Ogier chez M-Sport et de Latvala chez Toyota. Reste désormais à savoir si des Polo version 2017 seront finalement présentes au Monte-Carlo, et si Andreas Mikkelsen sera au volant de l'une d'elles. Deux fois troisième du championnat en 2015 et 2016, et unique mousquetaire de Volkswagen à ne pas s'être “recasé” pour l'instant, le Norvégien semble être le seul à même d'exploiter pleinement une voiture qu'il connaît et dont on pourrait juger ainsi du véritable potentiel. D'autant que si le budget serait privé, l'équipe ne le serait pas totalement, Wolfsbourg ayant promis de donner les moyens (techniques et humains) nécessaires à qui mettrait les moyens (financiers) nécessaires...

Dieter Depping, Erwin Mombaerts, Volkswagen Motorsport, Volkswagen Polo R WRC 2017

Ainsi la saison qui arrive se présente-t-elle sous le signe d'une incertitude comme on n'en avait sans doute plus connue depuis avant les années de domination de Sébastien Loeb et Citroën, puis Sébastien Ogier et Volkswagen. Si elle débouche sur une saison disputée entre de multiples vainqueurs, le départ de Volkswagen, avec tout le respect dû au constructeur allemand pour ce qu'il a réalisé, aura été une bonne nouvelle pour le WRC - même si les promoteurs du championnat diront que ça ne l'était bien sûr pas d'un point de vue commercial.

En espérant (pour nous observateurs et passionnés) qu'Ogier ne reprendra pas sa domination là où il l'avait laissée, au sein d'une équipe galvanisée par son arrivée comme semble l'être M-Sport...

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