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Monte-Carlo 2002 - Citroën et Loeb, à qui gagne... perd

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Monte-Carlo 2002 - Citroën et Loeb, à qui gagne... perd
Par : Jean-Philippe Vennin
19 janv. 2017 à 18:30

Troisième et dernier volet de notre série sur quelques grandes heures du Monte-Carlo. Un épisode plus récent et davantage dans les mémoires sans doute, qui vit, il y a 15 ans, Sébastien Loeb perdre sa première victoire d'une façon bien cruelle.

En 2002, le championnat du monde des rallyes vivait un âge d'or. Une vingtaine de voitures officielles étaient au départ du Monte-Carlo, première manche de la saison, représentant pas moins de sept constructeurs. À commencer par Peugeot, titré en 2001 et qui avait engagé Richard Burns, lui-même couronné chez les pilotes avec Subaru, pour l'associer à Marcus Grönholm – le champion 2000 – et Gilles Panizzi. Mais aussi Subaru, où le quadruple champion du monde Tommi Mäkinen arrivait en provenance de Mitsubishi pour remplacer Burns, et Mitsubishi justement, ainsi que Ford, Hyundai, Skoda et Citroën.

Ne disputant pas toutes les épreuves, la marque aux chevrons n'était pas inscrite au championnat des constructeurs pour lequel elle ne marquerait pas de points cette année-là. Ce serait pour la saison suivante.

C'est pourtant vers elle que se tournaient bien des regards avant le départ, et plus précisément vers le plus jeune des pilotes de ses Xsara WRC, un certain Sébastien Loeb. Pour sa première participation en championnat du monde sur une World Rally Car, au Sanremo l'année précédente, l'Alsacien avait impressionné le monde du rallye en poussant Gilles Panizzi dans ses retranchements sous la pluie et le brouillard avant de terminer à la deuxième place.

Deux moteurs cassés (enfin, trois)

Ce Monte-Carlo n'aurait pu commencer plus mal pour les voitures du groupe PSA. Gilles Panizzi perdait d'emblée plus de deux minutes, avant même le départ de la première spéciale, sa 206 WRC n'ayant pas voulu démarrer – rappelant ainsi ce funeste matin de 2000 où aucune des trois lionnes n'allait jamais y parvenir... Un peu plus tard, Burns allait sortir en contrebas de la route dès l'ES1, mais s'en tirer par miracle en étant retombé sur un petit chemin de terre qu'il avait emprunté pour retrouver le parcours de la spéciale.

C'était toutefois bien pire pour Citroën. Après environ cinq et sept kilomètres de liaison, tôt ce premier matin au départ de Dignes-les-Bains, les deux Xsara WRC de Thomas Radström et Philippe Bugalski s'arrêtaient au bord de la route, moteur cassé ! On ne pouvait imaginer plus grande Bérézina.

Sébastien Loeb
Sébastien Loeb

La grande chance de Loeb, paradoxalement, fut d'avoir connu la même mésaventure la veille, durant le shakedown. L'équipe avait alors monté un moteur d'une plus ancienne spécification, et il n'allait pas connaître le même sort que ses équipiers, bien au contraire.

Deuxième temps derrière Carlos Sainz (Ford) puis son équipier chez Subaru, Petter Solberg, dans les deux premières spéciales disputées (ES1 et ES3, celle de Sisteron prévue entre deux ayant été annulée pour raison de sécurité), Mäkinen s'emparait de la tête alors que Loeb faisait une entame de rallye plus discrète. Et c'est le deuxième passage prévu dans Sisteron, donc le premier et unique (tout le monde suit ?) qui allait être le premier tournant du rallye. Mäkinen, en effet, y perdait beaucoup de temps dans une portion verglacée.

J'ai essayé de tourner au frein à main mais ça s'est bloqué à l'avant et je suis allé tout droit, puis j'ai dû manœuvrer, avant, arrière, avant, arrière... On a perdu facilement une demi-minute”, expliquait le Finlandais au point stop.

Tommi Makinen
Tommi Makinen

Dans le même temps, Loeb signait son premier scratch du rallye avec 18 secondes d'avance et s'emparait tout simplement de la tête du classement général.

Bien roulé, super assuré dans la neige, aucune glisse”, se réjouissait-il. “Les spectateurs, ils pleuraient, mais je pilotais vraiment proprement, je ne voulais pas faire d'erreur là-haut et dès que c'était sec, je mettais tout ce que je pouvais. Bon choix de pneus [les tendres], j'avais peur un moment qu'ils ne tiennent pas jusqu'au bout, mais en fait ils ont bien résisté.”

Et ce n'était pas fini. Devançant encore Mäkinen, le deuxième plus rapide, de 30 secondes dans la dernière spéciale de la première étape (ES5), Loeb terminait celle-ci en tête en ayant creusé un écart de 36” avec le pilote Subaru, 51” avec Grönholm et 58” avec Sainz...

Sébastien Loeb
Sébastien Loeb

Le lendemain, sur les routes essentiellement sèches de l'arrière-pays niçois, le champion du monde Junior en titre répondait coup pour coup au quadruple champion du monde tout court, ne lui rendant qu'une petite partie de son retard – notamment dans un tête-à-queue au sommet du Turini – pour rejoindre Monaco avec encore 29”8 d'avance. Mais là survenait le second tournant de l'épreuve, un des plus stupides que la discipline ait connus.

En raison de l'horaire tardif auquel se terminait la deuxième étape, seule une courte assistance de dix minutes était prévue ce samedi soir, celle habituelle de 45 minutes étant remise au lendemain matin. Y changer les pneus était interdit, mais Citroën commit l'erreur, certes bénigne, de le faire sur la voiture de Loeb... qui plus est pour l'équiper de pneus qui ne feraient que l'aller-retour avec le parc fermé avant d'être à nouveau changés le lendemain ! Le mal était fait. Une réclamation de Subaru et une pénalité de dix minutes (qui lui serait infligée après l'arrivée du rallye) plus tard, aussitôt suivies d'un appel de Citroën, Loeb devenait un leader bien fragile et tout relatif.

Tommi Makinen
Tommi Makinen

Une coupure moteur en pleine spéciale fut sa seule frayeur le lendemain, tandis que Mäkinen avait beau jeu d'assurer et de le faire savoir. Il terminait à 45”9 du Français mais, les deux minutes de pénalité étant bien ajoutées au temps de celui-ci, devenait le troisième pilote, après Sandro Munari et Walter Röhrl, à remporter le Monte-Carlo pour la quatrième fois – et l'un des deux, avec l'Italien, à y parvenir quatre fois consécutivement. Excusez du peu.

Pour moi, j'ai gagné”, avait réagi Loeb, vainqueur moral pour sans doute tout le monde du rallye à l'exception des gens de Subaru, peu avant. “Maintenant, on verra bien ce que sera la décision mais pour nous, et pour les autres pilotes aussi, je pense, le rallye c'est dans les spéciales que ça se passe. Et dans les spéciales, on a gagné. Peut-être qu'on va avoir des pénalités, on n'en sait rien pour l'instant, mais quoi qu'il en soit, pour moi, j'ai gagné le rallye.”

Sébastien Loeb
Sébastien Loeb

Sans espoir d'avoir gain de cause tant le règlement était clair, et après la gaffe que constitua une publicité malheureuse vantant la victoire de Loeb et Daniel Elena, le lundi dans le journal L'Équipe, Citroën retira son appel quatre jours plus tard. Les deux espoirs allaient devoir attendre le Rallye d'Allemagne, dans le courant de l'été, pour remporter leur première victoire en championnat du monde. Parmi leurs nombreuses autres, ils allaient s'imposer à sept reprises au Monte-Carlo.

Passation de pouvoir

En deux saisons chez Subaru avant de mettre un terme à sa carrière de pilote, Mäkinen ne signa plus aucune victoire. En 2003, le titre revint à son équipier Solberg face à un Loeb qui avait accepté, lors de la dernière manche en Grande-Bretagne, de jouer le jeu de l'équipe Citroën plus que sa carte personnelle afin que celle-ci soit assurée de la couronne des constructeurs. Mais son tour viendrait. La suite, tout le monde la connaît.

D'une certaine façon, le Monte-Carlo 2002, dans laquelle la lutte pour la victoire se limita à deux pilotes incarnant deux générations différentes, fut un peu le théâtre d'une passation de pouvoir.

Tommi Makinen sur la ligne d'arrivée
Tommi Makinen et Kaj Lindström
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À propos de cet article

Séries WRC
Événement Rallye Monte-Carlo
Pilotes Tommi Makinen , Sébastien Loeb
Auteur Jean-Philippe Vennin
Type d'article Nostalgie