En Suède, le WRC se prépare à enfoncer le clou

Avec le Rallye Monte-Carlo, la Suède est l'autre épreuve qui nécessite l'usage de pneus cloutés. Mais si ceux-ci peuvent s'avérer superflus dans le premier cas, ils sont en revanche déterminants dans le second.

Avec, entre autres, le Monte-Carlo, le Tour de Corse et la Finlande, le Rallye de Suède fait partie des rares monuments encore rescapés du premier Championnat du monde des Rallyes de 1973. Cette année encore, l'épreuve scandinave promet de mettre à rude épreuve les pilotes, qui devront faire étal de tout leur talent d'équilibriste sur les routes enneigées serpentant autour de Torsby, lieu de l'assistance.

Preuve de la difficulté de s'imposer sur ce rallye atypique et très sélectif, seuls deux pilotes non-nordiques sont parvenus à l'emporter. Et ce sont deux Français, Sébastien Loeb ayant ouvert la voie en 2004 (alors sur Citroën Xsara), puis Sébastien Ogier à trois reprises (en 2013, 2015 et 2016).

Il faut dire que les pilotes "du cru", qui ont bien sûr davantage l'habitude de ce genre de conditions, ont plus de facilités pour lire l'état de la neige, qui peut avoir une influence considérable sur le style de pilotage requis.

Ainsi, le fait de devoir s'élancer en premier sur les spéciales peut s'avérer à double-tranchant. En effet, en cas de couche de poudreuse recouvrant la route, le premier homme à s'engager se voit dans une situation similaire à celle d'un rallye sur terre, contraint de balayer ou plus exactement ici de déneiger, avec un manque d'adhérence notoire.

À l'inverse, si les températures fraîches permettent la formation d'une couche de verglas, celle-ci peut être brisée et projeter des pierres sur la route, qui peuvent ensuite élimer voir casser les clous présents sur les pneus des pilotes suivants.  

Un usage bien réglementé

Les clous justement, voilà l'une des spécificités des gommes apportées par Michelin en Suède. Au nombre de 384 par pneumatique – avec une limite fixée à 20 clous par décimètre –, ces derniers permettent d'aller chercher l'adhérence sur la neige.

Si leur longueur maximum est fixée à 20 millimètres (et leur poids à quatre grammes par unité, soit un total sur chaque roue d'un peu plus de 1,5 kg, et donc de plus de six kilos sur l'ensemble de la voiture !), la partie en protrusion, celle située à l'extérieur de la gomme, est quant à elle libre.

Il est néanmoins important de bien juger de la longueur idéale du clou, dont la saillie doit être à la fois suffisamment importante pour pouvoir procurer un niveau de grip optimal, mais ne doit pas excéder une certaine valeur, au risque de casser celui-ci. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la Suède fait partie des rares épreuves à autoriser l'emport de deux roues de secours, dont la monte peut s'avérer déterminante dans le dénouement d'un rallye et fait l'objet de véritables coups tactiques de la part des concurrents.

Preuve de l'efficacité des pneus cloutés, les vitesses atteintes par les voitures dans les portions les plus rapides du rallye, en forêt, font partie des plus rapides de l'année, comme le confirme Sébastien Ogier, vainqueur du dernier Monte-Carlo. "Dans ces conditions, nous pouvons atteindre des vitesses incroyables, et nous appuyer sur les murs de neige pour nous guider dans les virages", explique le Français. "C'est une sensation incroyable, mais pas sans difficulté."

Prendre garde à l'état de la neige

Comme cela est souligné ici par le quintuple Champion du monde des rallyes, la manche suédoise est sans doute la seule à permettre aux pilotes de jouer – avec parcimonie – avec les limites de la route et les congères en délimitant le contour pour rester sur la trajectoire idéale.  

Mais là encore, il est nécessaire comme sur la route de bien juger de l'état de la neige, qui si elle est trop molle peut amener les concurrents à rester bloqués. "Piloter avec des pneus clous offre une adhérence incroyable et les sensations sont extraordinaires lorsque l’on peut s’appuyer sur les murs de neige", explique Andreas Mikkelsen, passé cette saison chez Hyundai.

"Il est possible d’attaquer très fort avec un faible risque de sortir de la route, car les murs de neige permettent de se replacer sur la trajectoire. Il faut juste faire attention à l’angle avec lequel on les touche pour ne pas rester planté."

En ce sens, la prise et la dictée de notes revêtent une autre dimension. "Il y a sans doute un art de piloter sur la neige, et il faut être précis", reprend Ogier. "Il vous faut juger parfaitement de la solidité des murs de neige et, avec plus de neige que l'an passé, il pourrait y avoir beaucoup de travail à faire avec les notes."

On le voit bien, le défi proposé par le Rallye de Suède réside aussi bien sur le plan horizontal avec la route, que vertical avec les congères. Tirer le meilleur parti de ces deux éléments sera donc à n'en pas douter l'un des paramètres déterminants dans l'attribution de la victoire dimanche prochain.

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A propos de cet article
Séries WRC
Événement Rallye de Suède
Pilotes Sébastien Loeb , Andreas Mikkelsen , Sébastien Ogier
Équipes M-Sport , Hyundai Motorsport , Citroën Total Abu Dhabi WRT
Type d'article Actualités
Tags michelin, pneus