Pour Carrasco, il est important de voir le pilote avant la femme

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Pour Carrasco, il est important de voir le pilote avant la femme
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25 juil. 2019 à 08:15

La Championne du monde Supersport 300 en titre s’est entretenue avec Motorsport.com au sujet de la place des femmes dans le monde des courses moto, et souhaite mettre en avant l’importance pour elle d’être perçue comme un pilote à part entière.

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Tu es devenue une figure emblématique de la représentation féminine dans les sports moto après ton titre l’an dernier. As-tu le sentiment d’avoir désormais une responsabilité en plus sur les épaules, du fait d’inspirer une jeune génération de pilotes ?

Pour moi ce n’est pas une responsabilité car je n’y pense pas. Bien sûr, je travaille pour décrocher des résultats en tant que pilote, mais je ne pense pas au fait d’être une femme. Mais je sais que tout ce que nous faisons est bien pour les filles qui vont vouloir arriver en championnat du monde à l’avenir. Déjà, après avoir gagné l’an dernier, on peut voir plus de filles ici cette année. L’an dernier nous étions deux ou trois, à présent nous sommes cinq ou six. Ce n’est pas une grande différence, mais cela s’améliore. Je pense donc qu’il faut travailler en tant que pilote, mais ce que nous obtiendrons aidera bien évidemment la prochaine [génération].

Plus de filles prennent part aux courses, mais cela ne semble pas assez. Comment peut-on résoudre le problème ?

Je ne connais pas bien la situation dans chaque pays du monde, mais en Espagne, par exemple, la Fédération Espagnole essaye d’aider. C’est difficile car il vous faut aider des pilotes durant de nombreuses années. Si vous les suivez de cinq à 16 ans, vous avez 11 ans à passer en les aidant économiquement et en attendant de voir si le pilote sera bon ou pas. Cette situation est donc difficile, car pour moi il est important d’aider les jeunes pilotes afin qu’ils aient de bonnes équipes, de bonnes motos durant plusieurs années, d’essayer de les former et de les faire atteindre le niveau pour arriver en championnat du monde. C’est compliqué de trouver l’argent et tout ce qu’il faut pour aider ces jeunes filles. Je pense que c’est ça le problème. Elles ont besoin d’avoir plus de soutien. Si vous n’avez que 20 filles en Espagne, c’est difficile d’en trouver une qui peut arriver au niveau mondial. Et je pense que c’est le même problème dans tous les pays, car il n’y a pas beaucoup de filles qui commencent à rouler.

L’argent est un problème, mais est-ce que les équipes et les sponsors ne devraient pas prendre plus de "risques" en soutenant de jeunes filles pilotes ?

Je pense que beaucoup de teams travaillent pour développer les jeunes talents, mais le problème actuellement est qu’il n’y a pas beaucoup de filles. C’est donc normal qu’ils choisissent des garçons car il y en a plus. Au début, normalement, c’est la famille qui soutient la fille ou le garçon. C’est la difficulté, de passer le cap lorsque votre père paye tout pour [que cela continue] d’un jour sur l’autre. Mais durant ces années vous devez atteindre le niveau pour aller dans une équipe ou un championnat plus grand. C’est ce qui est difficile, mais je pense que c’est le même problème pour les filles comme pour les garçons. Ils ont besoin de plus de soutien et de plus d’argent, car si vous n’en avez pas, vous ne pouvez pas avoir un bon team. Si vous n’avez pas une bonne moto, vous ne pouvez pas vous battre pour le championnat. C’est donc difficile.

La Dorna a réalisé de l’excellent travail pour qu’il y ait une meilleure représentation des genres au sein de ses championnats, mais à quel point les courses de moto sont-elles encore sexistes ?

Je pense que cela a beaucoup changé ces dernières années, car j’ai commencé en championnat du monde lorsque j’avais 16 ans, c’était il n’y a pas très longtemps [elle en a 22, ndlr] et à présent c’est assez différent. Je pense que tout le monde travaille dans ce sens, car on peut voir beaucoup de filles travailler à la Dorna et dans les teams. Il y a beaucoup de femmes dans le paddock et je pense que c’est bien et cela s’améliore chaque année.

De quelle façon cela a-t-il changé ? Est-ce plus un changement de perception des gens qui te voient désormais comme un pilote et non comme une femme pilote ?

Il est important de faire de bons résultats, et je pense que dans mon cas, tout le monde me considère comme un pilote, un pilote rapide, et ils pensent que je peux me battre pour le championnat. Je pense que c’est la meilleure chose que j’ai depuis l’an dernier, car maintenant que j'ai gagné, tout le monde le sait. Je pense que c’est bien pour les prochaines filles qui arriveront car nous avons besoin d’avoir cet esprit dans ce sport, dans les équipes, dans tout. Ils doivent nous considérer comme des pilotes, car nous faisons le même travail que tout le monde.

Tu penses donc que c’est plus important que les jeunes filles voient que tu es uniquement perçue comme un pilote plutôt que comme une femme pilote ?

C’est ce que je pense, mais je pense aussi que c’est important pour les jeunes filles d’avoir quelqu’un comme moi ou María [Herrera] ou une autre, qui obtient de bons résultats en championnat du monde, car lorsque vous regardez la télé à six ou sept ans et que vous voyez une autre femme le faire, c’est plus facile de penser que vous pouvez le faire vous aussi. Je pense donc qu’à l’intérieur du paddock nous devons être vues comme des pilotes, mais c’est important pour [les jeunes filles] d’avoir [des femmes] à suivre.

Est-ce quelque chose qui t’a manqué lorsque tu étais enfant, ou bien tu ne t’en es pas rendue compte ?

J’ai toujours voulu être la meilleure. Je regardais le MotoGP, et tout cela, donc je voulais être comme Valentino, comme Stoner, les meilleurs pilotes, mais je ne pensais pas à être [la meilleure femme]. Dans mon cas, je n’ai jamais pensé au fait d’être une femme : je suis pilote et lorsque j’arrive ici mon travail est le même que pour les autres pilotes.

Propos recueillis par Lewis Duncan

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Séries WSBK
Pilotes Ana Carrasco
Équipes Kawasaki
Auteur Charlotte Guerdoux