Davies admet une certaine "interrogation" sur les nouvelles règles

Malgré une intersaison perturbée par sa chute de novembre, le vice-Champion du monde 2017 aborde le prochain exercice avec la ferme intention de jouer les premiers rôles, mais un certain doute quant à l'impact du nouveau règlement.

Davies admet une certaine "interrogation" sur les nouvelles règles

Chaz Davies a renoué en 2017 avec le statut de dauphin de Jonathan Rea, qu'il avait déjà endossé en 2015. Mais malgré ce résultat le Gallois reste lucide quant à l'écart de performance qui a séparé sa Ducati de la Kawasaki de son adversaire l'an passé.

Sur ce point, la nouvelle réglementation limitant les régimes moteur en 2018 et censée relancer le spectacle tout en lissant les niveaux de performance des équipes est sujette à caution pour le numéro 7, qui craint que Ducati soit trop négativement impacté et que le pilotage passe au second plan dans l'établissement de la hiérarchie.

Une hiérarchie que Davies garde cependant bon espoir de gravir, et plus précisément la dernière marche, synonyme de titre. Mais celui-ci doit composer avec une blessure qui l'a retardé dans sa préparation cet hiver. Il a fait le point sur l'ensemble de ces sujets avec Motorsport.com.

Quel est ton état d'esprit au moment d'aborder la nouvelle saison ?

J'aimerais dire que j'ai eu deux mois d'entraînement intensif, ce qui est habituellement le cas, ou au moins un mois et demi. Mais malheureusement avec ma blessure lors des derniers tests de novembre, j'ai dû un peu rattraper le temps perdu. La première chose a été de laisser récupérer le corps par lui-même, et depuis janvier j'ai essayé d'accélérer les choses en faisant toute la physiothérapie et les exercices de rééducation que je pouvais.

La blessure concerne le genou, l'épaule, le poignet, et de façon surprenante, le genou a constamment progressé – c'était un ligament déchiré –, mais l'épaule a au contraire empiré, et le poignet n'est pas fantastique non plus. Donc non, cela n'a pas été un hiver idéal. Mais je pense que le meilleur est à venir avant Phillip Island. L'objectif est donc de construire progressivement jusqu'à la course à Phillip Island, et je suis très confiant quant au fait que tout rentre dans l'ordre d'ici-là.

Il y a de nouvelles règles techniques pour 2018. Est-ce que punir les pilotes rapides est la bonne façon d'améliorer le spectacle ?

Pour répondre à votre question, sans doute [rires]. C'est probablement une façon de rendre le spectacle plus excitant, mais que vous soyez d'accord ou non sur le plan sportif, je pense qu'il ne s'agit pas de cela. C'est du divertissement, je comprends parfaitement cela… Mais à quel point regardez-vous le divertissement et à quel point regardez-vous le talent ?

C'est un peu mon interrogation avec les nouvelles règles. À quel moment est-ce que vous arrêtez de limiter les équipes qui fournissent le meilleur effort, le pilote qui a le plus de talent. Je pense que c'est difficile à chiffrer. Ce n'est pas quantifiable. Mon talent contre celui de Johnny [Rea], contre celui de Marco [Melandri], contre celui du reste de la grille... Vous ne le savez simplement pas, personne ne le sait, et le fait d'essayer de niveler le plateau par le biais de réglementations… Je pense que cela va rendre le spectacle plus excitant, mais je suis vraiment partagé sur cela, et j'espère que la Dorna a tout bien calculé, car si je suis en piste et que quelqu'un qui a selon moi moins de talent est en train de me battre, alors ce sera un peu une blague à ce stade-là.

Le vainqueur Jonathan Rea, Kawasaki Racing, et le troisième Chaz Davies, Ducati Team

Est-ce que Ducati sera plus durement touché que Kawasaki par les nouvelles règles ?

C'est impossible à dire tout de suite sans s'être rendu sur de multiples circuits et avoir évolué avec eux, côte à côte. Pas juste sur une piste, mais deux, trois, quatre, cinq circuits, pour voir comment la moto réagit sur différents circuits. Je suis ouvert sur ce point, je ne pense pas que nous sommes plus touchés que Kawasaki, mais dans le même temps nous avons une moto complètement différente, nous avons une plage de régime moindre. Nous n'atteignons pas des régimes élevés, donc le fait de perdre des tours va nous toucher. Même si ce n'est pas autant qu'eux, nous avons une fenêtre bien plus petite. Cela ne va clairement pas aider, je le sais bien.

Comment la moto a-t-elle changé avec les nouvelles règles ? Va-t-il falloir adapter le style de pilotage ?

Encore une fois, c'est un peu difficile à dire. C'est un peu trop tôt pour se prononcer sur ce point. Je pense que je vais avoir besoin de deux ou trois courses avant que nous comprenions bien cela. Le feeling de base est que nous avons perdu beaucoup de tours, surtout à haut régime. La puissance générale ne semble pas si différente, mais vous ne pouvez pas monter dans les tours partout comme auparavant. C'est donc la principale différence jusqu'ici, et pour savoir comment cela va se manifester d'un circuit à l'autre, il va falloir attendre.

Chaz Davies, Ducati Team

Est-ce que les nouvelles règles vont assez loin pour résorber l'écart de performance en Superbike ? 

Bonne question. Est-ce que cela est suffisant de s'attacher à résoudre l'écart de performance en Superbike ? Cela dépend où vous vous situez. Si vous êtes devant votre télé et que vous voyez Johnny et moi devant et ensuite le reste de la grille, il y a aussi d'autres pilotes dans le coup sur les mêmes motos que nous, et pas seulement nos coéquipiers mais d'autres personnes. Par exemple, je peux dire que Xavi Forés est sur la même moto que nous.

Concernant l'écart de performance, il y a deux façons de voir les choses. D'une part, considérer l'écart de performance du point de vue de la différence de matériel, et sur ce point Kawasaki et Ducati ont eu en effet l'avantage ces dernières années. Mais de mon point de vue, cela n'est pas aussi clair que cela. Il y a d'autres motos, de couleur bleu [les Yamaha, ndlr], et d'autres encore qui, avec un peu de développement, peuvent être à notre niveau, ou en tout cas très proches de celui-ci. Mais cela nécessite beaucoup de travail pour en arriver là. Nous avons été au sommet pendant longtemps, et Kawasaki encore plus, et on leur sert sur un plateau ce qui leur permet de réduire l'écart… Il y a beaucoup de matériel qui est déjà très bon, ils ont juste besoin d'en extraire le meilleur.

Vous savez, personne en 2014 ni même en 2015 ne disait que tout le monde avait besoin de se rapprocher de Kawasaki. Nous comprenons tous que c'est une tâche difficile, et c'est la seule façon pour parvenir à l'étape suivante. Mais les nouvelles règles entrent en vigueur et font le boulot à la place.

Le recours à l'ECU [Engine Control Unit] du Superstock était-il une meilleure solution ?

Concernant l'ECU issu du Superstock, je n'ai rien contre tout ce qui contient le mot "stock", pour être honnête. Nous courons, nous sommes en 2018, nous sommes dans un domaine où les motos de route sont très sophistiquées, cette technologie provient de la piste et elle progresse car nous roulons sur la piste. Je pense qu'il y a un équilibre à atteindre. Les règles du BSB [Championnat britannique de Superbike, ndlr], sans contrôle de traction et avec très peu de frein moteur, sont bien mais je pense que ce n'est pas vraiment l'ingrédient clé pour avoir de la compétition de qualité. Vous le voyez en BSB, il y a parfois des vainqueurs solitaires, mais la compétition est très serrée.

Je pense que ce résultat peut être obtenu en Superbike en gardant peut-être un ECU plus basique, quelque chose que tout le monde pourrait régler. Tout le monde peut acheter le matériel, mais il faut la main d'œuvre pour le faire fonctionner, et c'est là que se situent beaucoup de nos dépenses à présent. Il vous faut une équipe pour développer cela.

Il faudrait donc quelque chose de plus simple mais qui fasse l'affaire… Je pense que ce qui est nécessaire, c'est peut-être de donner aux équipes un coup de main, de donner un coup de main aux petites équipes pour que les choses aillent dans le bon sens. Mais les coûts ne sont pas le problème. Il y a des prix capés sur tout cela, c'est donc bien comparé à ce que ça coûte. 

Chaz Davies, Ducati Team

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