Jonathan Rea, une vie à rêver du titre mondial

Jonathan Rea tient enfin sa couronne de Champion du Monde, un sacre après lequel il a couru toute sa carrière.

Arrivé en WSBK courant 2008 après trois ans en Championnat britannique puis une saison incomplète en Mondial Supersport, le Nord-Irlandais a toujours fait figure de bon élève sans jamais réussir à franchir le dernier cap vers les lauriers. Apprécié du paddock pour son talent autant que pour sa capacité à éviter les remous, parfois délaissé par des fans à la recherche de personnages moins lisses, Rea a gardé le cap et continué de poursuivre son rêve.

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"Quand je suivais le Championnat 2002 opposant Colin Edwards et Troy Bayliss, j'en ai tiré tellement d'inspiration que c'est devenu mon rêve. C'est devenu : "Je veux faire ça"," raconte-t-il. "Alors, même dans les moments difficiles, je n'ai jamais douté de mes capacités. Aujourd'hui j'y suis enfin et j'espère que cela pourra inciter de jeunes pilotes à commencer, ou bien inspirer de jeunes pilotes qui courent déjà et les pousser à ne jamais abandonner leur rêve."

Un parcours long et émaillé de blessures

Natif de Ballymena, Jonathan Rea a grandi entouré de motos. Son jeu à lui, étant enfant, c'était de se prendre pour un pilote. Si son propre fils est devenu un habitué du parc fermé avant même de savoir marcher, Jonathan a dû pour en arriver là gravir d'innombrables échelons, aidé en cela par les sacrifices de sa famille.

Sa progression en séries britanniques aura été plutôt rapide, sous l'impulsion d'abord du Programme Red Bull Rookies. Bien entouré en coulisses, il s'est formé en piste aux côtés des Leon Haslam et autre Shane Byrne, avant de s'offrir le luxe de décliner plusieurs offres pour accepter celle de Ten Kate. C'est ainsi qu'il a fait un bref passage en Mondial Supersport - auréolé de premières victoires - avant d'accéder au WSBK dans le giron de la très respectée équipe néerlandaise.

A certains moments j'étais sous les feux de la rampe, mais j'ai aussi passé un nombre incalculable d'heures, de jours et de semaines dans une chambre d'hôpital.

Jonathan Rea

Première saison et premières victoires, Jonathan Rea s'est vite imposé comme un champion en puissance dans la catégorie reine des dérivées de séries. Un manager très bien placé et le soutien de marques puissantes sont venus s'ajouter à un talent sans cesse peaufiné pour faire de lui l'un des pilotes les plus en vue sur le marché des transferts. Pourtant, il n'a pas bougé. Malgré plusieurs opportunités, il admet avoir laissé passer sa chance de rejoindre le MotoGP, préférant s'installer durablement en Superbike et n'accepter qu'un intérim en Grands Prix en 2012, pendant une convalescence de Casey Stoner.

Malgré son acharnement, la réussite en WSBK n'a pas été aussi rapide qu'espéré et les blessures sont venues compliquer la donne. Il a ainsi été privé du podium du Championnat en 2010, puis écarté durant trois mois la saison suivante. En 2013, c'est une fracture du fémur qui l'a à nouveau éloigné.

Le renouveau avec Kawasaki

Fidèle toute sa carrière à Honda, Rea avait beau être victorieux chaque année, il n'arrivait pas à franchir le dernier cap et à durablement jouer la gagne dans la course au titre. Il est arrivé au bout du chemin avec la marque ailée, malgré un rebond l'ayant mené l'an dernier sur le podium du Championnat. D'une moto capricieuse, ne se montrant sous son bon jour que dans des conditions bien précises, il a mis cette année la main sur le nouveau boulet de canon de la discipline, la Ninja ZX-10R.

Le tournant est arrivé en novembre dernier, lorsque Jonathan Rea a réalisé ses premiers essais chez Kawasaki. Nouveau coéquipier de Tom Sykes, en remplacement de Loris Baz parti vers le MotoGP, il a d'emblée été traité à armes égales avec l'Anglais et ne s'est pas laissé intimider par son caractère très... affirmé.

L'essentiel était ailleurs : le team et la moto lui ont d'emblée donné les bonnes sensations. "Quand j’ai commencé à rouler sur la ZX-10R l’hiver dernier, j’ai tout de suite cerné le niveau de la moto et de mon équipe. Je savais que le moment était venu et je me disais : "Je suis prêt, la moto aussi"," racontait-il cet été au site officiel du WSBK.

Le travail mené par Pere Riba a beaucoup pesé, le chef mécano ayant mis un point d'honneur à peaufiner avant toute chose la position de pilotage de Rea. Immédiatement, il est devenu évident que l'union du pilote et de la moto était des plus naturelles et que les conditions étaient enfin réunies pour que Rea exprime tout son potentiel. "Je pense que nous avons la meilleure électronique de la grille. En ce qui concerne le châssis, nous avons l’un des plus stables, surtout au freinage et dans les courbes rapides," détaillait encore Rea.

Dès Phillip Island, il a eu la confirmation d'un potentiel revigoré : alors qu'il n'avait jamais fait mieux que quatrième en Australie, il a remporté la première course de cette saison et enchaîné avec une deuxième place. La spirale positive était lancée.

La concrétisation d'un rêve

S'en est suivie une saison quasi parfaite. Tellement à l'aise qu'il peut se permettre de mesurer sa prise de risques, Jonathan Rea ne s'embarrasse pas à chasser la pole position et dédie ses week-end à la préparation des courses, affichant un ratio vitesse-régularité qui, à chaque manche, fait de lui l'homme sur lequel il faudra indubitablement compter le dimanche.

Systématiquement sur le podium pendant les vingt premières courses, il est le seul pilote actuel à s'être imposé sur 12 circuits différents, le premier à afficher plus de 60 podiums. Il compte par ailleurs autant de victoires que Doug Polen (27) qu'il a rejoint au sixième rang des plus grands vainqueurs de tous les temps, et est devenu cet été le dixième pilote de l'Histoire à passer le cap des 2000 points. S'il est encore loin du record absolu de Troy Corser (4021,5 points), ses statistiques personnelles ont fait un bond avec cette exceptionnelle saison.

"Quiconque a remporté un titre n'a pas juste débarqué dans ce championnat. Tout le monde a dû affronter l'adversité et vivre des moments difficiles, parcourir un long chemin," relate le pilote nord-irlandais. "J'ai l'impression d'avoir disputé des compétitions moto pendant des années et des années, que ça m'a pris un peu plus longtemps pour atteindre ce but. Ce qu'il y a de bien c'est que c'était un rêve d'enfant et, en tant que tel, je ne l'ai jamais abandonné."

"J'ai continué à croire en moi," poursuit-il. "A certains moments tout allait bien et j'étais sous les feux de la rampe, mais j'ai aussi passé un nombre incalculable d'heures, de jours et de semaines dans une chambre d'hôpital, chez le physio ou avec un coach. Je crois que j'ai eu ma dose de blessures, alors ça fait du bien d'avoir une saison comme celle-ci, ça compense les moments difficiles que personne ne voit réellement."

Cinquième champion différent en cinq ans, Jonathan Rea affronte désormais un second défi tout aussi complexe : durer. A peine la couronne posée sur son casque, il pense déjà à 2016 et à la confirmation de son statut.

 

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Tags champion du monde, championnat, superbike, titre