Interview François Ribeiro - Le WTCC met la pression sur ses pilotes

Suite de l'entretien exclusif de François Ribeiro avec Motorsport.com, dans lequel le promoteur du WTCC nous fait part notamment de ses exigences vis-à-vis des pilotes impliqués dans son championnat. Des propos qui trouvent un écho dans l'éviction récente des pilotes Lada James Thompson et Mikhail Kozlovskiy pour manque de résultats. Le maître d'oeuvre de la série promet également de belles nouveautés sportives pour 2016.

On a véritablement l’impression que le WTCC est en pleine mutation depuis l’an passé. Au niveau technique déjà clairement, mais également au niveau des pilotes, avec une moyenne d’âge qui ne cesse de baisser…

Et ce n’est pas fini, je peux vous le dire !

Justement, est-ce une vraie volonté du WTCC d’attirer des jeunes pilotes, et comment s'y prend-on pour le faire ?

On les appelle et on met de la pression sur les anciens. Je n’ai d’ailleurs aucun souci à dire que j’ai convaincu Lada de se séparer de James Thompson. C’est un pilote qui a eu une très belle et très longue carrière en supertourisme, il a remporté de nombreux succès, il a travaillé pour plusieurs constructeurs différents, c’est admirable. Mais là il ne met plus un pied devant l’autre et il n’apporte plus rien au championnat. Je pense qu’il fallait qu’il laisse sa place à un jeune. Idem pour Mikhail Kozlovskiy, la caution du pilote russe ne suffit pas, il s'agit d'un championnat du monde. [Thompson a été remplacé par Jaap Van Lagen au Nürburgring et à Moscou alors que Mikhail Kozlovskiy cède sa place à Nick Catsburg à partir des courses de Moscou, NDLR].

 Je n’ai aucun souci à dire que j’ai convaincu Lada de se séparer de James Thompson.

François Ribeiro, promoteur du WTCC.

Cela signifie qu’un jeune pilote est le point d’arriver chez Lada ?

Absolument. Et je pense que lorsque l’on annoncera son nom, cela va en mettre plus d’un par terre. Il arrivera dans deux courses.

Il y a donc des critères de performances à respecter en WTCC ?

Je mets de la pression sur toutes les équipes et tous les constructeurs pour qu’à terme, s’il y a 20 voitures sur la piste, j’espère trois ou quatre de plus l’an prochain, il y ait autant de pilotes qui soient du niveau d’un championnat du monde. J’ai moi-même offert un billet d’avion à Nestor Girolami, champion sortant du championnat TC2000 argentin, qui faisait jeu égal là-bas avec Lopez en 2013, pour teste la Lada en Hongrie. Lopez mène la vie dure à Sébastien Loeb et Yvan Muller au championnat, mais il apporte surtout un coup de frais phénoménal à la discipline. Imaginez, le dernier champion du monde non-Européen en sport automobile, c’était Ayrton Senna en 1991 !

Justement, qu’a de plus José Maria Lopez pour être devant ?

C’est très difficile, car cela ne se joue à rien. Lopez et Loeb sont deux pilotes arrivés l’an passé qui font exploser le niveau sportif du championnat. Je m’en ravis et je m’en sers pour coller de la pression à tous les autres. Hugo Valente est également un jeune pilote de talent et s’il continue dans cette voie je ferai tout mon possible pour qu’il intègre une équipe d’usine l’année prochaine ou dans deux ans.

D’autres pilotes sont-ils sous pression ?

En tout cas chez Citroën, pas besoin de leur mettre la pression car ils se la mettent entre eux. Je le vois : Sébastien et Yvan se réveillent le matin en se demandant ce qu’ils vont faire pour réduire l’écart avec Lopez et ils se couchent le soir avec la même réflexion. C’est ce qui fait que le team marche si fort et que tout le monde va de l’avant.

Pour un promoteur, une domination comme celle de Citroën est-elle gênante ?

Déjà je pense qu’elle est en train de se réduire. Un promoteur cherche toujours davantage de bagarres, mais la dernière chose qui me viendrait en tête est de me dire « Citroën est trop fort, il faut que je trouve un moyen de les pénaliser ». Si Citroën fait son travail mieux que les autres, c’est aux autres à se remettre en question. Yvan [Muller] a 20 ans d’expérience et a connu de nombreuses équipes d’usine, et il est le premier à me dire qu’il n’a jamais connu un team ayant une rigueur pareille, une telle obsession du détail et un tel esprit de corps. La différence ne se fait pas sur le budget.

Un concept jamais vu en sport automobile appliqué à partir de 2016

Il se dit qu’une marque serait sur le point de venir, ou revenir, pour quand ?

L’année prochaine. Il s’agit d’une marque qui a une histoire en supertourisme en tous cas, et qui viendrait en tant qu’équipe d’usine.

Peut-on imaginer de voir en WTCC des formats comme en V8 australien, avec certaines courses plus longues avec peut-être deux pilotes par voiture ?

Ce qui est certain c’est que je ne m’interdis pas d’y réfléchir. Je vais en tout cas annoncer à la fin du mois à l’issue de la prochaine commission supertourisme une évolution de la réglementation technique pour l’année prochaine, avec une nouveauté que nous allons introduire, quelque chose qui ne s’est jamais fait en sport automobile. C’est un concept que nous allons importer d’un autre sport, et qui je pense va avoir un vrai retentissement dans le WTCC car personne n’a pensé à ce format-là dans le sport automobile. Ce sera appliqué dès l’année prochaine. Cette idée a reçu l’aval de la FIA et des équipes, c’est très original, très créatif, et nous allons l’appliquer sur tout le championnat l’an prochain, et je vous garantis que ça va faire des histoires.

A propos de cet article
Séries WTCC
Pilotes Yvan Muller
Équipes Citroën Racing
Type d'article Interview
Tags kozlovskiy, lopez, ribeiro, thompson, wtcc