Maria Teresa de Filippis, la première femme pilote de F1

Connaissez-vous Maria Teresa de Filippis? Née en 1926 à Naples, l’Italienne fut la première femme à prendre le départ d’un Grand Prix de Formule 1. Et l’une des deux seules, avec Lella Lombardi!

Trois autres femmes ont été aperçues en qualifications, à savoir Divina Galica, Désiré Wilson et Giovanna Amati, alors que de nos jours, Susie Wolff participe, de temps à autre, à des séances d’essais libres avec Williams.

Il reste assez surprenant que de Filippis ait couru en sport automobile dans les années 1940 et 1950, à une époque où l’aspect patriarcal de notre société occidentale était beaucoup plus prononcé qu’aujourd’hui. Or, dès ses débuts, Maria s'est confrontée aux plus grands.

"J’ai fait ma première course en 1948," relate-t-elle dans les colonnes du Red Bulletin. "À ma deuxième course, j’ai remporté la catégorie au volant d’une FIAT Topolino. Et j’ai couru contre le plus grand pilote italien de tous les temps, Tazio Nuvolari, et si je ne m’abuse, il disputait sa toute dernière course."

"Bien sûr qu’il y avait des préjugés, du genre, qu’est-ce que cette femme fait là? Mais entre 1949 et 1953, j’ai remporté un certain nombre de victoires avec une voiture de sport, la Fiat Giannini."

Tandis que de Filippis n'est pas parvenue à obtenir d'aussi bons résultats que son illustre compatriote Nuvolari, elle a tout de même réalisé de belles performances. Une deuxième place au championnat italien de voitures de sport, en 1954, lui a permis d'obtenir un baquet d'usine chez Maserati pour 1955, et elle s'est classée deuxième d'une course de voitures de sport en lever de rideau du Grand Prix de Naples 1956.

En parallèle, de Filippis a également participé à des courses légendaires telles que la Targa Florio et la Mille Miglia. "D'ici 1958, j'étais bien établie en sport automobile," se souvient-elle. "On m'appelait la 'pilotina' [littéralement la 'petite pilote', ndlr]."

"Je me suis acheté une Maserati 250F. J'avais de la chance de pouvoir me le permettre. Après tout, c'est avec cette voiture que Fangio avait remporté son cinquième titre mondial."

Juan Manuel Fangio, justement, était le mentor de la Napolitaine. "Il m’a virtuellement pris sous son aile. Il ne faisait que me dire de ne pas prendre autant de risques."

À quelques tours des points en F1

C'est donc en 1958 que l'on a retrouvé de Filippis en Formule 1, mais ses résultats n'ont malheureusement pas été à la hauteur de ceux de son ami argentin. Non-qualifiée lors des Grands Prix de Monaco 1958 et 1959, l'Italienne a disputé les Grands Prix de Belgique, du Portugal et d'Italie en 1958, sans réussite toutefois.

À Monza notamment, elle était en cinquième place à quelques tours de l'arrivée, bien partie pour marquer deux points à domicile, lorsque sa monoplace lui a fait défaut. De Filippis a cependant obtenu cette cinquième place lors d'une épreuve hors-championnat, le Grand Prix de Syracuse.

Évidemment, être une femme dans ce sport d'hommes n'était pas facile. Tandis que de Filippis n'a pas subi un sexisme constant, elle a tout de même rencontré des situations désagréables, par exemple à Monaco en 1959.

"Jean [Behra] m’a prêté sa propre Porsche à Monaco. Je suis parvenue à la qualifier au tout dernier tour, mais les commissaires n’ont pas accepté mon temps," se souvient-elle. "C’était une décision purement politique, parce qu’ils voulaient que le pilote Ferrari Cliff Allison prenne le départ. C’était scandaleux. Je n’ai jamais pleuré de ma vie, mais cette fois-là, quand je suis sortie de la voiture, j’ai hurlé!"

Cependant, l'aspect le plus difficile à supporter pour de Filippis, dans cette ère de la Formule 1, n'était pas l'inégalité entre hommes et femmes, mais bien la sécurité et les nombreux morts en course, si bien qu'elle a fini par mettre un terme à sa carrière de pilote.

"J’ai perdu deux de mes amis les plus proches," déplore-t-elle. "En 1958, Luigi Musso a été tué dans un accident à Reims, et en 1959, j’ai perdu Jean Behra."

"J’étais en vacances, le 1er août 1959, lorsque j’ai entendu à la radio que Jean était mort dans une course sur l’AVUS, à Berlin, au volant d’une Porsche. J’étais si bouleversée que j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière immédiatement."

Fort heureusement, les temps ont changé, et en cinquante ans, la sécurité s'est grandement améliorée, que ce soit en Formule 1 ou dans d'autres sports mécaniques.

Désormais, de Filippis n'attend qu'une chose : de voir une femme s'illustrer dans la catégorie reine du sport automobile. Et pour cause : "Les femmes sont capables de faire tout ce que font les hommes!" 

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