La Clinica Mobile, une institution en plein développement

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La Clinica Mobile, une institution en plein développement
Par : Léna Buffa
7 janv. 2017 à 10:00

Il y a trois ans, le Dr Zasa a pris le témoin du Dr Costa, ouvrant une nouvelle ère de la Clinica Mobile avec à sa charge une mission des plus complexes : assurer la continuité tout en réinventant ce qui est devenu une institution du paddock MotoGP.

La Clinica Mobile, c'est un petit hôpital ambulant, qui concentre en 65 mètres carrés tout ce qui est devenu essentiel pour soigner les pilotes. Faire en sorte qu'elle œuvre sur chaque manche est un véritable défi logistique, qui s'appuie sur une structure de soutien à Parme pour la gestion du matériel, du stock de médicaments et l'organisation des déplacements. Le camion de la Clinica Mobile étant présent sur toutes les manches européennes, avec la possibilité de traiter huit patients en même temps, l'équipe de trois médecins et six physiothérapeutes s'y enrichit d'un technicien de radiologie ; celui-ci ne fait pas le déplacement sur les manches outre-mer, où le staff est légèrement réduit et s'installe dans des locaux mis à disposition des centres médicaux puisque le camion n'est pas, lui non plus, du voyage.

La Clinica Mobile

Sur chaque Grand Prix, la Clinica Mobile cohabite avec le centre médical du circuit, les deux structures offrant des services complémentaires. Là où les médecins du circuit gèrent l'urgence, ceux de la Clinica vont plus intervenir sur le fond et le long terme. Une grande partie de leur travail s'oriente sur la rééducation, l'équipe de physiothérapeutes intervenant sur la récupération des pilotes, avec notamment un service d'orthopédie reconnu.

"Ces garçons vont à 300 km/h sur deux roues. La sécurité s'est beaucoup améliorée ces dernières années, mais ils tombent encore et le rôle de la Clinica Mobile est de garantir une structure sanitaire, médicale et de physiothérapie à l'avant-garde, qui soit en mesure de fournir le meilleur service au pilote à la fois dans l'urgence - celui-ci est fourni au centre médical, mais nous sommes présents nous aussi et nous supervisons - et au-delà, avec une poursuite des soins et des thérapies dans la phase suivante", explique Michele Zasa, actuel directeur de la structure, à Motorsport.com.

Il faut gérer les blessures, bien entendu, et les pilotes d'aujourd'hui ont ceci en commun avec leurs aînés que leur question favorite dans ces circonstances reste immanquablement la même depuis des décennies : "Quand vais-je pouvoir remonter sur la moto et courir ?" Les médecins de la Clinica Mobile tentent d'y répondre en fournissant des délais maximums, basés sur la riche expérience acquise depuis la création de la structure, tout en essayant d'accélérer ce qui peut l'être dans la récupération des lésions sans danger et en traitant les autres avec la plus grande prudence.

Franco Morbidelli, Marc VDS, avec Michele Zasa, directeur de la Clinica Mobile
Franco Morbidelli avec Michele Zasa

Au-delà du soin, l'écoute

Le rôle de la Clinica Mobile est de soigner, mais aussi de rassurer. Elle se veut un cocon offrant un peu de calme aux pilotes, qui y retrouvent des personnes de confiance, et celles-ci savent pertinemment qu'il leur faut aller au-delà de la pratique pure de leur métier, car l'écoute est aussi recherchée que le soin par des coureurs parfois malmenés par la piste et souvent très jeunes. "À de nombreuses occasions, je ne suis pas que médecin avec les pilotes. Au même titre que les physiothérapeutes et les autres docteurs, j'essaye toujours d'entrer en empathie avec le pilote, de le soutenir et d'être aussi un peu une figure de confident", souligne le Dr Zasa, parfois grand frère plus que praticien.

L'aspect mental reste assurément un pilier dans la relation qu'entretient l'équipe avec les pilotes. "À certains moments, nous essayons de les motiver, de leur remonter le moral, ils se confient à nous. Ce rapport d'empathie existe, et je crois que c'est important quand on est médecin et que l'on a affaire à un patient qui a besoin de réconfort", souligne Michele Zasa, conscient également que cette confiance, ajoutée à l'expertise médicale, permet d'apporter de précieux conseils et d'orienter un pilote qui aurait besoin de rester au repos au lieu d'anticiper son retour après une blessure.

Aleix Espargaro, Suzuki
Aleix Espargaro

En activité depuis 1977, la Clinica Mobile demeure essentielle et les pilotes lui restent fidèles, très attachés à ce service stable, qui leur permet de s'en remettre à des praticiens qu'ils connaissent et respectent. La confiance que le paddock porte à cette petite équipe explique aussi qu'elle soit devenue une sorte de "cabinet médical de garde", dont une grande partie de l'activité ne concerne plus les pilotes mais les quelque 2000 petites fourmis qui œuvrent dans le championnat.

Après une première année de mise en place de la nouvelle équipe, en 2014, la saison 2015 a vu les interventions grimper de plus de 20%. Cette année, les chiffres ont été globalement stables, avec une part importante de physiothérapie (qui comprend les massages, mais aussi le taping, la cryothérapie, la técarthérapie ou encore l'électrostimulation), laquelle concerne en très grande partie les pilotes, tandis que la part d'interventions médicales est plus équilibrée entre concurrents et membres du paddock.

 

Interventions médicales

(pilotes/autres)

Radios

Physiothérapie

(pilotes/autres)

2015

2966

(1245/1721)

359

7699

(6621/1048)

2016

2810

(1110/1700)

250

7310

(6400/910)

 

Jack Miller, Marc VDS
Jack Miller

Les blessures sur lesquelles opère la Clinica Mobile ont logiquement changé depuis la création de la structure. D'une part, parce que celle-ci n'intervient plus directement en piste, mais aussi et surtout car la sécurité du championnat a considérablement évolué depuis les années 70, l'époque des bottes de paille et des cuirs qui ne connaissaient pas encore les airbags ou les protections dorsales obligatoires. "Le travail pour la sécurité des pilotes est permanent et, sur ce point également, nous sommes en première ligne, nous essayons d'apporter nos conseils et notre soutien", assure le patron des lieux.

Une transition réussie

À 37 ans, Michele Zasa règne aujourd'hui de main de maître sur cette institution qu'est la Clinica Mobile. En prendre les rênes était un défi de taille, qu'il a su relever avec brio, imprimant sa patte sur un univers pourtant marqué du sceau de celui qui l'a construit, l'emblématique Dr Costa. Ce dernier avait dédié 42 ans à soigner et parfois sauver ces pilotes qu'il a toujours tant admirés. À l'heure où la retraite se profilait, il a fait la connaissance de ce jeune médecin de Parme, spécialiste en anesthésie et réanimation, qui faisait alors partie des secours d'urgence à Imola. Tous deux ont commencé à collaborer dès 2011, puis le Dr Zasa a de plus en plus accompagné son aîné sur les courses MotoGP, jusqu'au passage de témoin opéré en 2014 et destiné à faire perdurer la Clinica Mobile au-delà de son leader emblématique.

"En ce qui le concerne, il y avait eu tout un parcours familial. Il avait commencé avec son père, qui organisait des courses et qui, alors que lui était jeune médecin, lui avait proposé d'organiser un service d'urgence en piste, ce qui n'existait pas à l'époque", rappelle le Dr Zasa. Aussi concret que le Dr Costa est mystique, le nouveau chef a, certes, une façon très différente d'aborder son sujet, mais tous deux partagent une même finalité : apporter aux pilotes tout le soutien dont ils ont besoin sur les circuits.

Michele Zasa, Clinica Mobile
Michele Zasa

La transition ne s'est pas faite sans remous. Comment une page aussi importante aurait-elle pu être tournée sans se confronter à quelques critiques dans un milieu très attaché au modèle créé et alimenté durant des décennies par le Dr Costa et sa fidèle équipe ? Mais après trois saisons de cette nouvelle organisation, force est de constater que cela fonctionne et que les pilotes trouvent toujours à la Clinica Mobile ce qu'ils viennent y chercher, et c'est bien là l'essentiel. Quant à la viabilité, qu'il fallait assurer, elle passe entre autres par un soutien financier venant des instances dirigeantes. "Nous sommes soutenus par la Dorna et l'IRTA, puis nous avons quelques sponsors qui nous permettent de nous améliorer", précise le Dr Zasa.

Des projets pour un service toujours plus pointu

Le style du Dr Zasa se ressent aujourd'hui dans l'intérêt tout particulier apporté aux aspects technologiques de la pratique médicale. "Nous sommes maintenant en première ligne sur toute une série d'innovations technologiques. Nous cherchons toujours à innover et à introduire une nouvelle technologie qui soit utile pour les pilotes", nous explique-t-il.

C'est ainsi que cette saison 2016 a vu l'introduction d'une application mobile permettant aux pilotes de réserver leur créneau, et qu'une nouvelle radio digitale a également fait son entrée dans le matériel de la Clinica Mobile, pour un service toujours plus pointu.

Enea Bastianini, Gresini Racing Moto3, se soumet à la radio digitale de la Clinica Mobile
Enea Bastianini se soumet à la radio digitale de la Clinica Mobile

Outre le souhait d'agrandir l'espace de travail sur les courses grâce à un nouveau camion, le prochain stade à franchir sera d'étendre le suivi en dehors des courses. "Plusieurs pilotes se tournent déjà vers nous actuellement quand ils ont des problèmes", souligne le Dr Zasa. "En ce moment, nous avons une structure de soutien à Parme. Nous voudrions étendre le service à la maison. Nous pensons que l'aspect nutritionnel et la préparation athlétique sont très importants, or tous les pilotes ne sont pas suivis comme il faut. Nous voudrions donc leur fournir, à la maison aussi, un service continu et meilleur."

Un autre projet de taille pour une structure indissociable du paddock qui, en MotoGP comme en Mondial Superbike, a su s'imposer comme un acteur indispensable et se renouveler au fil des décennies.

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Séries MotoGP
Auteur Léna Buffa
Type d'article Portrait