Analyse - Les tenants et aboutissants de l'avenir de Lotus F1

Pastor Maldonado restera chez Lotus l'an prochain, mais l'avenir de l'écurie reste incertain.

Lotus a annoncé que le contrat de Pastor Maldonado serait reconduit pour 2016, et il s'agit de la première nouvelle concrète au sujet de l'avenir de l'écurie depuis que les négociations de rachat avec Renault ont commencé il y a plusieurs mois.

Maldonado et son sponsor PDVSA avaient de toute façon un accord pour la saison prochaine, mais étant donné le changement de propriétaire imminent, il était permis de se demander si le Vénézuélien faisait partie des plans du constructeur.

Cependant, la présence de Gérard Lopez, Président de Genii Capital et de Lotus F1 Team, à Singapour, était un signe clair de l'évolution de la situation, surtout qu'il n'est pas un habitué du paddock. Les détails tels que l'identité des pilotes commencent à se mettre en place.

Nicolas Todt, manager de Maldonado, a été aperçu en train de discuter avec Lopez et avec Cyril Abiteboul, dirigeant de Renault Sport F1. Todt a reconnu que la confirmation de la place de son protégé était proche.

Tandis qu'il n'y a pas eu d'informations au sujet du rachat par Renault, tous les signes semblent indiquer que c'est presque (mais pas complètement) fait. Le consensus est qu'un accord sur des termes financiers favorables avec Bernie Ecclestone reste la clé, bien que les opinions diffèrent quant à ce que cela implique précisément.

Le temps presse-t-il?

Étant donné que Lotus était au tribunal ce vendredi, en difficulté avec les autorités des impôts britanniques, et va y retourner lundi sans possibilité d'un nouvel ajournement, l'heure est grave. Cependant, à Singapour, Lopez l'attitude d'un homme qui sait qu'il y a de la lumière au bout du tunnel.

"Bien sûr, ce n'est pas un secret que les deux parties travaillent pour faire quelque chose, mais ce n'est pas encore fait," a-t-il déclaré à Motorsport.com. "En fin de compte, la décision sera celle du boss de Renault et Nissan [Carlos Ghosn]. C'est vraiment ça."

"Bernie a été très utile. Franchement, en fin de compte, il y aura une décision à un certain moment. Je pense que nous allons tous dans la bonne direction, donc nous verrons."

Lopez affirme également que l'audience de la semaine prochaine ne représente aucunement la date limite pour un accord avec Renault.

"Non, ce n'est pas le cas. Parce qu'il y a un certain nombre de décisions pour l'an prochain que nous ne prenons pas et qui auraient un impact immédiat sur la trésorerie, parce que ces décisions sont différentes en fonction de si l'équipe est un constructeur ou non."

Autrement dit, si Lotus continuait comme si de rien n'était, l'argent aurait été dépensé pour éponger diverses dettes, mais cela reste en attente de la conclusion de l'accord. Lopez explique qu'une façon ou une autre, le problème des impôts britanniques sera résolu d'ici lundi prochain, donc l'équipe ne va pas tomber en ruines.

"En fin de compte, si cela ne se concrétisait pas, alors nous devrions prendre ces décisions, et nous résoudrions la situation. L'équipe a procrastiné dans cette optique, car cela signifierait essentiellement que les discussions ne seraient plus les mêmes."

"Nous essayons d'être honnêtes, et ce n'est pas un secret que nous essayons d'aider les discussions en faisant cela, en laissant la porte ouverte aux décisions qui devront être prises plus tard. Le juge ne nous donnera pas davantage de temps, mais nous devrons nous en occuper avant. Nous nous en occuperons dans tous les cas. C'est dans l'intérêt de tous."

La survie sans Renault

Selon Lopez, si l'accord avec Renault venait à imploser soudainement, Lotus continuerait sous sa forme actuelle : "Nous savons quoi faire avec l'équipe en tant qu'équipe indépendante. Nous avons juste laissé les portes ouvertes pour tout le monde, pas seulement l'autre partie, pour avoir le plus de flexibilité possible en termes d'accord. Nous avons laissé la porte ouverte, et je pense que c'est la bonne décision."

Le Luxembourgeois concède toutefois qu'en cas d'accord, il resterait probablement actionnaire de l'entité. "C'est agréable d'entendre que des gens souhaitent me conserver, y compris de l'autre côté de la table."

"En fin de compte, l'idée est que si nous faisons partie de quelque chose, nous voulons faire partie de quelque chose d'enthousiasmant. Je pense que cela peut-être extrêmement enthousiasmant. Nous attendons cette confirmation, puis nous verrons."

La vie n'a pas été un long fleuve tranquille à Enstone depuis que Genii a racheté l'équipe à Renault en 2010, mais il y a eu des temps forts, suffisamment pour rappeler à tout le monde qu'Enstone peut être la base d'une équipe compétitive.

"En y réfléchissant, ça fait six ans," commente Lopez. "Nous avons gagné des courses, nous avons fait 23 ou 24 podiums [30, ndlr], nous avons même mené le championnat à un moment. Donc cela n'a pas été facile, mais par rapport aux autres écuries indépendantes, nous avons fait un sacré bon boulot!"

"La seule chose, c'est que dès le début, nous avons toujours porté beaucoup d'attention aux finances. Probablement parce que nous avons toujours prêté de l'argent à l'équipe, plutôt que de la sponsoriser."

"Les chiffres auraient eu l'air différents, et les gens s'en seraient probablement moqués. Donc en fin de compte, je n'ai pas le moindre regret. Comme je l'ai dit, combien d'écuries indépendantes peuvent revendiquer les résultats que nous avons eus?"

La grande question est la suivante : s'impliquer en F1 était-il une bonne décision pour un entrepreneur dont la vie tourne autour des deals? Lopez affirme que oui.

"C'est un grand succès. Nous avons pu faire beaucoup de choses, comme lancer notre propre business de carburants et d'autres choses autour de cette plateforme, donc en ce sens, c'est un grand succès. Le problème, c'est que ce sont trois, quatre ou cinq comptes de profits et pertes, différents bilans financiers, et on ne peut pas reconnaître ça en F1."

"Nous avons passé le cap l'an dernier et cette année. L'an dernier, nous avions des pertes de 2-3M£ (2,7-4,1M€), probablement le moins de tout le paddock. En août dernier, nous en étions à 700'000£ (960'000€), quelque chose comme ça."

"Notre niveau de performance ne nous permet pas de monter sur le podium à chaque weekend, mais nous restons une bonne équipe, nous sommes encore en Q3. Il n'est jamais possible de considérer cela comme la machine à cash ultime ou quoi que ce soit du genre, il faut le voir comme une plateforme, et là, ça devient intéressant."

Grosjean "pas encore parti"

Maldonado est confirmé, et Lopez est prompt à faire remarquer que sans parler du soutien financier de PDVSA, la continuité est importante : "En changeant encore de moteur et en faisant toutes sortes de choses, on veut vraiment le faire, pouvoir le baser sur une équipe qui sait comment travailler ensemble."

Il s'agit maintenant de voir qui pourrait être le second pilote.

Il y a quelques semaines, Romain Grosjean était une option évidente pour une écurie d'usine Renault soutenue par Total, mais le pilote français dispose désormais d'un accord avec Ferrari qui le verrait courir pour Haas en 2016 avant de rejoindre la Scuderia. Que cet accord ne soit qu'une formalité, comme le supposent beaucoup de gens, reste à voir.

"Je suis dans une situation assez dure," souligne Lopez. "Parce qu'il se trouve qu'il est sous mon management en-dehors de Lotus. Il est vrai qu'il sait ce qu'il veut faire, il fera la bonne chose quand il devra la faire."

"Il n'est pas encore parti, donc nous verrons..."

A propos de cet article
Séries Formule 1
Pilotes Romain Grosjean
Équipes Lotus F1
Type d'article Analyse
Tags avenir, rumeurs, transfert