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Gerhard Berger sur le futur : Les fans veulent "un défi" pour les pilotes

Il y a 30 ans, Gerhard Berger était l'équipier d'Ayrton Senna chez McLaren en Formule 1. Aujourd'hui, l'Autrichien est encore très actif dans le sport automobile puisqu'il dirige le DTM. Le championnat allemand de voitures de tourisme subit une profonde transformation cette année, avec un changement de règlementation vers le GT3. Berger supervise également le programme ambitieux d'une DTM électrique de 1000 chevaux, une des pistes possibles pour l'avenir.

Pour cet épisode de #ThinkingForward, nous avons évoqué avec l'auteur de 10 victoires en Grand Prix sa vision du DTM et de la nouvelle direction de la Formule 1.

Nous commençons par la F1, qui est aujourd'hui dirigée par Stefano Domenicali, ancien collègue de travail de Berger lorsqu'il évoluait chez Ferrari.

"J'aime la Formule 1. C'est toujours un sport très compétitif. Mais parfois, j'ai l'impression qu'ils se sont un peu égarés", indique Berger, qui considère que les monoplaces spectaculaires des années 1980 doivent être la référence en F1. Quant à la gestion du Championnat du monde, "Chase [Carey, ancien PDG] ne connaissait pas vraiment la Formule 1 avant d'entrer en fonction. Et en tant qu'Américain, il est très difficile de comprendre la vraie philosophie et tout ce qui se cache derrière la discipline."

"Même si je l'apprécie en tant que manager, ce n'est pas un bon choix parce que vous avez besoin de quelqu'un comprenant le fonctionnement de ce secteur, qui y a passé du temps et étant capable de faire ce que Bernie [Ecclestone, son prédécesseur] a fait pendant de nombreuses années. Donc je pense que Stefano [Domenicali] est un bien meilleur choix dans ce sens. Mais nous connaissons tous cette particularité que Bernie avait, cet instinct de tueur, cette façon de régler des problèmes différents. Et nous devons voir si Stefano pourra faire de même. Mais je pense que Liberty Media a fait le bon choix. Et je pense qu'il va faire du bien à la F1."

 

Tandis que Domenicali trace le futur chemin qu'empruntera la F1, Berger fait de même en DTM, un championnat ayant été secoué par le départ de plusieurs constructeurs sous l'ancienne réglementation et ayant eu besoin d'un grand ménage. En 2021, la discipline sera soumise à la réglementation GT3 mais Berger insiste sur le fait que les valeurs du DTM resteront toujours les mêmes.

"L'ADN du DTM ne changera pas du tout. Ce qui change, c'est la réglementation technique", nous dit-il. "Les voitures de GT3 sont encore plus belles parce qu'elles ressemblent vraiment à une Mercedes, une BMW, une Audi, ce qui n'était pas le cas auparavant. Et puis, pendant de nombreuses années, le grand problème était le manque de diversification des constructeurs sur notre plateforme. Nous devions toujours composer avec deux ou trois constructeurs et ce n'était pas suffisant pour les fans et les concurrents, tout simplement. Maintenant, les voitures sont plus spectaculaires. Les fans verront des architectures connues sur la route : moteur central, moteur avant, moteur arrière. Le seul inconvénient auquel nous devons faire face est la Balance of Performance mais je suis certain que nous allons la gérer de manière transparente et efficace. Et le reste ne change pas : même format sprint, même télévision, mêmes circuits."

"Le DTM n'est pas lié à un règlement technique. Le DTM est lié aux pilotes professionnels. Il y a donc les pilotes les plus talentueux et les meilleures équipes. Nous avons un format sprint donc il n'y a aucun changement de pilotes ; la plupart des autres championnats GT ont des équipages mélangés, avec un pilote professionnel et un pilote ayant acheté sa place."

 

L'un des plus grands défis auxquels est confronté n'importe quel PDG d'un championnat est de décider quel sera le groupe propulseur du futur. La F1 et le WRC misent sur les moteurs thermiques hybrides et les carburants écologiques, tandis que de nombreuses autres disciplines se tournent vers le 100% électrique.

"Personne ne sait encore jusqu'où ira la technologie liée au groupe propulseur, même sur une voiture de route", estime Berger. "Nous avons un message très clair de la part des politiciens mais je suis surpris par ces grandes avancées. Nous avons décidé d'évaluer la possibilité de mettre sur pied un produit entièrement électrique, ce qui pourrait être intéressant pour les fans. Mais en parallèle, nous restons fidèles au moteur thermique, avec l'hybride ainsi que les biocarburants ou les carburants synthétiques."

 

C'est une décision importante. Pour Berger, il est clair que les fans doivent décider de la motorisation du championnat mais il y a un point de départ à respecter. "Lorsque l'on s'éloigne du sport, on est toujours perdant. Nous devons être une discipline mettant en scène des personnes, des pilotes, des stars, capables de gérer des situations différemment des êtres humains normaux. Et je pense que cela doit être notre moteur, le reste venant après."

"En tant que pilote, je ne me soucie pas de l'origine de la puissance. Provient-elle d'un moteur électrique, hydrogène ou thermique ? Cela n'a pas d'importance. Ce que j'aimerais avoir en tant que pilote, c'est 1000 chevaux ou plus, afin d'avoir un défi à relever. Ce que les fans aimeraient voir, c'est également un défi, dans le cas contraire, le pilote n'est pas une star. Le résultat est notre voiture d'essai, dévoilée à Hockenheim, avec 1200 chevaux et quatre roues motrices, incroyablement rapide et spectaculaire. Désormais, nous allons nous baser sur cette voiture de démonstration pour construire un prototype avec des technologies très similaires, comme nous l'avons déjà montré, mais avec un look différent. Et nous espérons que lorsque nous la dévoilerons, en parallèle, nous donnerons simplement le choix aux fans. Et puis nous verrons comment le monde évolue. Si les fans ne sont pas au centre des discussions, rien de tout cela ne fonctionnera."

Concernant l'avenir à plus long terme, Berger se veut optimiste et pense que le sport automobile sera encore plus pertinent alors que l'industrie automobile connaît son plus grand bouleversement depuis un siècle.

"Je pense les cinq prochaines années seront intéressantes, surtout pour voir ce que l'industrie automobile trouvera comme solution. Parce qu'en fin de compte, il doit y avoir un lien entre les voitures de route et les voitures de course. Et une fois que tout sera plus clair, peut-être que le sport automobile aura de nouveau la possibilité de servir de laboratoire pour les nouvelles technologies équipant les voitures de route."

 

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