Giacomo Agostini : Moins de technologie et "plus de pouvoir aux pilotes"

Le MotoGP moderne ne cesse de battre des records, mais dans le même temps des voix s'élèvent pour que les Grands Prix offrent plus de spectacle. Dans une interview pour Motorsport.com, Giacomo Agostini défend un championnat qui redonnerait plus de pouvoir aux pilotes au lieu de courir après les développements technologiques.

Giacomo Agostini : Moins de technologie et "plus de pouvoir aux pilotes"

Le MotoGP a connu une curieuse évolution ces dernières années. Aidées par un règlement stabilisé, les motos sont devenues de plus en plus compétitives d'un bout à l'autre de la grille. Les écarts se sont fortement réduits et de plus en plus de pilotes se montrent aujourd'hui capables de gagner. Le week-end dernier, encore, Enea Bastianini a battu Pecco Bagnaia, pourtant au guidon d'une version officielle de la Ducati alors que lui dispose d'une spec de 2021.

Selon Giacomo Agostini, légende des Grands Prix avec 15 titres mondiaux à son actif, il manque aujourd'hui un certain sens à ce qu'est devenu le MotoGP. "Je ne pense pas qu'il y ait tellement de choses qui n'aillent pas concernant le spectacle, mais le public a besoin d'un point de repère", estime ainsi l'ancien pilote italien lorsque nous l'interrogeons sur le supposé manque de spectacle auquel réfléchissent les instances dirigeantes.

"Bagnaia gagne, Bastianini gagne, un pilote qui est rookie dans la catégorie peut gagner. Plusieurs pilotes peuvent gagner, mais ils peuvent aussi être dixièmes à la course suivante alors les gens se demandent qui est vraiment bon", poursuit Giacomo Agostini dans une interview avec l'édition néerlandaise de Motorsport.com réalisée en marge du Classic GP à Assen. "C'est trop aléatoire, mais les batailles ne sont pas fausses. Aujourd'hui, il y a clairement beaucoup de technologie, tout le monde a accès au même matériel. Je ne pense pas qu'il y ait 23 Maradona, 23 Verstappen ou 23 Mohammed Ali sur la grille. [Mais] on voit que tout le monde se tient dans la même seconde, ce qui est dingue."

Du point de vue de Giacomo Agostini, le pilote fait de moins en moins la différence dans la performance produite. "Étant donné qu'il y a beaucoup de technologie, le moteur devient très important. S'il manque un petit détail dans le moteur, vous avez beau être un grand champion, ça ne marchera pas. Et pour les autres, il est de plus en plus facile de monter plus haut. À mon époque, le mouvement du poignet était très important, le pilote était aux commandes. Maintenant, l'électronique prend immédiatement le relais et ce n'est plus le pilote qui le fait."

"On constate également que pendant très longtemps on a travaillé pour obtenir de plus en plus de puissance", ajoute l'ancien pilote, qui s'étonne que cette évolution finisse par pousser à la modification des pistes pour faire face aux questions de sécurité que pose l'augmentation constante de la vitesse. Le Red Bull Ring, par exemple, a intégré une chicane cette année en conséquence d'un effroyable accident ayant impliqué Johann Zarco et Franco Morbidelli en 2020.

Giacomo Agostini et Mark Bremer, journaliste de l'édition néerlandaise de Motorsport.com

"On modifie le moteur, on a 290ch, mais ensuite on met une chicane sur la piste pour enlever de la vitesse. Pourquoi investit-on beaucoup d'argent afin de trouver plus de puissance et de vitesse, pour ensuite mettre une chicane ? Sur certains circuits, les MotoGP n'atteignent même pas le sixième rapport. Beaucoup de circuits sont encore les mêmes qu'à mon époque. Il y a juste plus de sécurité, plus d'espace, mais la piste et son caractère sont toujours les mêmes. Avant, c'était très beau. C'est un problème compliqué."

Il faut donner plus de pouvoir aux pilotes. Ça n'est pas parce qu'un moteur fait 300ch que le spectacle est forcément bon.

Giacomo Agostini

Un problème compliqué, mais avec une solution simple, selon Agostini : "Il faut donner plus de pouvoir aux pilotes. Ça n'est pas parce qu'un moteur fait 300ch que le spectacle est forcément bon. De mon temps, nous n'avions pas 300ch, mais le spectacle était beau. Valentino Rossi n'avait pas de motos aussi puissantes durant sa carrière, pourtant il a fait le show. Le spectacle, c'est vous et moi qui le faisons, c'est une question de personne, ça n'est pas dû au fait qu'une moto est si rapide. Peu importe que vous boucliez des tours en 2'05 ou 2'10, ce que l'on veut c'est un duel. Les 200 000 personnes qui se trouvent dans les tribunes ne sont pas assises avec un chronomètre à la main. Il est important de voir un duel, sans quoi les pilotes ne peuvent pas offrir de spectacle."

"Si l'on réduit un peu la puissance, les moteurs deviennent aussi moins dangereux", poursuit le champion des années 1960 et 1970. "Les pilotes doivent freiner assez fort pour ralentir un moteur de 160 kg et le faire passer de 300 km/h à une vitesse normale. Mais en cas d'accident, le moteur part comme un boulet de canon, c'est très dangereux. Si l'on réduit la puissance, on augmente la sécurité, le pneu dure plus... Qui gagne dans ce cas ? Le meilleur pilote. C'est ça que l'on veut."

Le MotoGP a besoin d'une nouvelle icône

Visiteur régulier du paddock MotoGP, Giacomo Agostini connaît aussi la Formule 1 et il était d'ailleurs récemment à Monza pour le Grand Prix d'Italie, où il a agité le drapeau à damier à l'arrivée de la course. Alors que la catégorie reine du sport auto compte quelques stars sur sa grille, à l'instar de Fernando Alonso, Lewis Hamilton ou Max Verstappen, l'Italien estime que cela manque quelque peu en MotoGP où un changement de génération s'opère.

"Le MotoGP est beau, les courses sont belles, mais il faut à nouveau une vraie star après la retraite de Valentino et les blessures de Marc Márquez. C'est ce que l'on attend maintenant, [parmi] les jeunes pilotes qui arrivent au sommet. Les fans veulent voir des pilotes faire des choses qu'ils ne peuvent pas faire eux-mêmes, les gens veulent être surpris par ce que fait un pilote."

Classic GP Assen zaterdag 17-9-2022 foto Damon Teerink-8381

Giacomo Agostini au Classic GP d'Assen

"C'est ce que fait Max Verstappen, il gagne beaucoup et il est devenu un héros. On [avait] cela avec Maradona en football ou Eddy Merckx en cyclisme. Et je me souviens m'être levé au milieu de la nuit pour regarder les combats de boxe de Cassius Clay [Mohammed Ali] : il faisait des choses que personne d'autre ne pouvait faire, et les gens veulent voir ça. C'est ça que l'on attend aujourd'hui en MotoGP."

Après le départ de Valentino Rossi en fin de saison dernière et celui d'Andrea Dovizioso ce mois-ci, le MotoGP a pratiquement opéré un changement générationnel complet. Du plateau 2010 de la catégorie reine, seul Aleix Espargaró est toujours présent aujourd'hui, lui qui a vu sa carrière exploser sur le tard.

Lorsque nous lui demandons si la nouvelle génération a ce qu'il faut pour combler le vide laissé par le départ des anciens, Giacomo Agostini se montre positif : ce n'est qu'une question de temps. "Nous avons ces gars-là en puissance, c'est certain. Marc Márquez est de retour, il est très agressif et aime divertir le public. Il court toujours à fond et veut rendre les spectateurs heureux. Mais il a aussi besoin de gens avec qui il peut rivaliser, un Bagnaia ou un Quartararo ; Bastianini sera là, lui aussi."

"Quartararo est déjà champion et il commence seulement maintenant à se battre contre Bagnaia. Si Márquez peut se joindre à eux, ce ne sera que bénéfique pour le sport. C'est ce que nous attendons."

Lire aussi :
partages
commentaires

Related video

Dall'Igna fier de ce que "représente" le titre constructeurs de Ducati
Article précédent

Dall'Igna fier de ce que "représente" le titre constructeurs de Ducati

Article suivant

Consignes : Gresini aimerait n'en parler qu'à "une ou deux courses de la fin"

Consignes : Gresini aimerait n'en parler qu'à "une ou deux courses de la fin"