Morbidelli ou le juste équilibre entre nervosité et contrôle de soi

Franco Morbidelli, c'est un talent brut mais aussi une personnalité très à part, parfois difficile à sonder.

Derrière sa crinière bouclée et indisciplinée se cache un personnage attachant, mêlant gentillesse et pudeur, cassant les codes pour faire primer la politesse et l'attention portée aux autres. En ce sens, on pourrait aisément lui trouver des points communs avec Marco Simoncelli, à ceci près que Franco Morbidelli apparaît bien plus secret, au point que l'on se surprend à être suspendu à ses lèvres lorsqu'il accepte de se livrer, un peu.

En quatre ans à peine, Franco Morbidelli s'est fait un prénom sur la planète sports mécaniques. Passé par des voies détournées avant d'intégrer le Moto2 en 2014, il s'est véritablement fait repérer grâce à un premier podium en 2015 avant de se frotter à Johann Zarco l'année suivante puis de franchir l'ultime étape cette année. La victoire qui lui avait plusieurs fois échappé de peu est devenue sa spécialité, sa réussite le menant en 2017 vers le titre de la catégorie intermédiaire et lui ouvrant enfin les portes du MotoGP.

Il y arrivera l'année prochaine précédé par la réputation d'une cool attitude à toute épreuve. Et pourtant, lorsque nous l'interrogeons sur le secret de ce grand calme, il nous fait immédiatement mentir. "Je suis nerveux", assure-t-il de sa voix posée, prenant le temps de peser chaque mot. "Je crois qu'il n'y a parfois pas de lien entre ce que je ressens à l'intérieur et ce que je montre à l'extérieur. Parfois, je suis nerveux – on ne le dirait pas, mais je le suis."

"Je sais clairement que si je suis nerveux je ne performe pas comme je le veux, les choses ne sortent pas comme je le veux, alors j'essaye de rester relax, j'essaye de comprendre, de dominer mes nerfs. Je me dis 'OK, je suis nerveux, mais gérons cela et restons cool'. C'est comme cela que j'arrive à performer comme je le veux. Si je suis nerveux et que je le reste, je suis foutu. Or, je veux bien performer alors j'essaye de rester calme."

Franco Morbidelli, Marc VDS

Une maîtrise qui impressionne chez un jeune homme d'à peine 23 ans, mais qu'il assure pourtant être simplement le fruit de son parcours, sans avoir eu besoin d'aide extérieure pour canaliser ses émotions. "C'est quelque chose que j'ai compris pendant ma vie. Je cours depuis mes 7 ans, ça fait donc longtemps même si on ne le dirait pas parce que je suis ici [en Grand Prix] depuis quatre ans. Je cours depuis mes 7 ans et je gère la pression depuis mes 7 ans, alors pendant toutes ces années j'ai appris à contrôler la pression, c'est tout."

"Tu as toujours l'air de ne pas tout donner"

Si ce grand contrôle de ses émotions a aujourd'hui fini par primer, cela a parfois pu dérouter ceux qui travaillent avec lui, à commencer par Michael Bartholémy qui l'a recruté en 2016. "Il est difficile à comprendre", reconnaît le team manager Marc VDS. "Vous ne savez jamais combien d'efforts il investit dans son pilotage. Je me souviens encore du Qatar, la première année où nous étions ensemble, en 2016. À l'hôtel, je lui ai dit : 'Mon sentiment c'est que tu ne veux jamais devenir Champion du monde, parce que tu as toujours l'air de ne pas tout donner'."

Depuis, Bartholémy s'est habitué à cette attitude singulière, comprenant qu'il ne s'agissait absolument pas de désinvolture. "Il est toujours cool, il a toujours l'air relax, ça n'est pas le gars qui passe des heures et des heures en salle pour avoir un beau corps. Son approche est différente, mais quand il est sur la moto je pense qu'il est beaucoup plus proche de son prof, de Valentino [Rossi], il se donne à 150%", constate le Belge.

Franco Morbidelli, Marc VDS

En dépit du fait que la recette a indéniablement fonctionné puisque Morbidelli est parvenu à être titré en à peine quatre ans de présence en Grand Prix, Michael Bartholémy continue à s'interroger. "Même au bout de deux ans, je me demande encore un peu où est la limite", admet-il, parfois interloqué par la dose d'efforts et la prise de risques investies par son pilote dans certaines courses. "C'est une chose à laquelle je pense pour l'année prochaine. On va en MotoGP, on ne va pas se battre pour la victoire, il va falloir qu'on se batte pour des positions, et combien d'efforts va-t-il investir ? On le verra l'année prochaine."

"Mais le truc, c'est qu'il a un talent énorme", poursuit Michael Bartholémy, qui sait déjà placer Franco Morbidelli au Panthéon des pilotes qu'il a côtoyés, même à l'époque où il menait l'équipe officielle Kawasaki. "Il est le pilote le plus talentueux que j'ai eu depuis Nakano, c'est clair", assure-t-il, voyant en l'Italien "un de ces gars qui sera assurément sur une bonne moto factory à l'avenir". La base est là, charge à présent à Marc VDS d'accompagner son pilote dans cette nouvelle étape de son parcours. "On ne peut pas vivre qu'avec le talent, on le sait, il faut aussi beaucoup de travail et une équipe derrière, mais ce qu'il faut principalement pour être un pilote à succès, il l'a. Il faut qu'on affine cela pour en tirer le meilleur, comme on l'a fait cette année."

Conscient qu'il peut parfois surprendre, Franco Morbidelli s'efforce toutefois de rester sur des rails, avec une maturité évidente. "J'essaye d'avoir une méthode et de travailler de la meilleure façon que je peux", assure-t-il. "Pour comprendre tous les aspects de votre travail, vous devez utiliser la rationalité et votre tête, parce que si vous n'utilisez pas votre tête vous ne durez pas très longtemps dans ce sport." Et Morbidelli a bien l'intention de nous prouver qu'après l'avoir mené vers le sommet, sa méthode peut l'aider à perdurer.

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Séries MotoGP , Moto2
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Type d'article Actualités
Tags michael bartholemy