Pourquoi accabler Verstappen après Monaco est une erreur

Motorsport.com argumente sur les raisons pour lesquelles l'attention portée à Verstappen se porte sur les mauvaises choses.

Max Verstappen est une cible facile, étiqueté qu'il sera toujours du titre de plus jeune pilote de l'Histoire de la F1.

Au moment pour ses détracteurs d'illustrer les déficiences supposées d'un jeune homme arrivant dans le grand bain sans brassards, l'argument de la jeunesse et de l'inexpérience est tout trouvé, et est globalement excessivement utilisé comme illustration d'un symptôme qui ne concerne selon nous pas la qualité de la recrue Toro Rosso, mais bien l'acceptation de celle-ci par une audience chahutée dans sa béatitude traditionnelle pour les pilotes d'expérience. 

Une acclimatation "trop facile" au plus haut niveau

L'argument souvent entendu consiste ainsi à dresser un parallèle entre la "trop facile" acclimatation de Verstappen à la F1 et le fait que les monoplaces de la discipline reine ne représentent plus le défi humain ultime ; une façon de dévaloriser le talent du jeune homme, et une impression renforcée par des propos différents mais souvent accolés, venant d'autres pilotes d'expérience regrettant une ère passée où pilotes et mécaniques étaient sollicités différemment. Car c'est bien de différence de prérequis que l'on parle, et non d'accessibilité accrue.

D'autres barèmes subjectifs, comme celui de points attribués selon la série de provenance par la FIA elle-même, l'impression donnée devant une caméra ou le nom de famille déjà porté par un illustre Papa, marquent de belles occasions de suggérer des déficiences par rapport à ce qui serait par opposition un groupe de "méritants".

Verstappen a donné une leçon de pilotage à nombre de ses pairs.

Si le GP de Monaco s'est achevé avec un fracas renforcé par le fait que la spectaculaire sortie de piste de Verstappen s'est accompagnée d'une incidence directe sur le résultat du GP (et de la tournure du championnat pilotes), le garçon demeure de loin l'un des hommes du GP, et a donné une leçon à nombre de ses pairs dans les rues de la Principauté en osant (et réalisant) des actes de bravoure et de contrôle méritant d'être salués. 

Du talent trop souvent assimilé à de l'audace juvénile

Il serait ainsi injuste de définir la première monégasque de celui qui pointa P2 des EL1, P7 des EL2 puis P9 des EL3 (avant de se qualifier solide 10ème en Q3) sur la base du spectaculaire accident de Sainte-Dévote. Avant ce contact, Verstappen a donné une leçon de pilotage à nombre de ses pairs et l'ensemble de son week-end aurait été salué chaleureusement sans ce décevant final.

Outre l'impressionnant dépassement propre et autoritaire sur l'autre Lotus de Maldonado en course, dans cette même section de Sainte-Dévote, Verstappen le rookie a fait passer plusieurs pilotes pour de grands débutants. En course, le Néerlandais a été en mesure d'utiliser les autos lui prenant un tour pour reprendre des positions, comme s'en est rendu compte un Valtteri Bottas déposé par la Toro Rosso en observant un drapeau bleu agité devant lui avant l'entrée du Tunnel…

Quand Vettel ou Ricciardo se maintenaient respectivement derrière Rosberg et Räikkönen pour éviter surchauffe et dégradation excessive des pneus, Verstappen s'autorisait à rester au contact des boites de vitesse de ses proies dans le flux d'air perturbé, quitte à devoir placer les roues sur les sections sales de la piste, où les dépôts de gommes tapissent le sol. Fougue irréfléchie, diront certains ; capacités et estime de soi d'un autre niveau, diront d'autres. 

Un accident non représentatif

Le contact avec Grosjean peut être vu de plusieurs façons, mais son résultat visuel accélère un tirage de conclusion accéléré : trop rapide, Verstappen aurait manqué son attaque et, sur un freinage retardé, fait preuve de précipitation.

Le point de vue d'ingénieurs ayant accès à la télémétrie peut être tout autre : Verstappen, selon ses propres dires, ne tentait pas une manœuvre de dépassement au moment du contact, et a freiné au même point de repère que lors des boucles précédentes : en revanche, la Lotus de Grosjean passait à 100% de pression sur la pédale de freins 15 à 20 mètres avant le point utilisé lors des tours précédents.

Alonso, Maldonado, Grosjean, Pérez, Rosberg (par 3 fois) ne sont que quelques-uns des pilotes à avoir tiré tout droit ce weekend à Sainte-Dévote. Fort heureusement pour eux, aucun autre pilote ne se trouvait 5 mètres devant eux à ce moment-là. Les caméras FOM ne se sont ainsi même pas toujours attardées quelques secondes sur ces épisodes anecdotiques. 

Un problème de perception

La question n'est finalement pas de savoir qui a eu tort ou raison dans cette manœuvre (Verstappen a été pénalisé pour la grille de départ de la prochaine manche), mais de savoir pourquoi l'attention publique se concentre en ce début de semaine sur la gaffe possible de Verstappen, plutôt que de retenir la performance globale d'un week-end pour le moins impressionnant en tous points.

La réponse tient dans la perception liée à l'âge et l'irrévérence, à la fameuse étiquette que certains, comme Felipe Massa, se plaisent par ailleurs à entretenir dès que l'occasion se présente (Magnussen était la cible favorite du Brésilien l'an dernier). L'establishment est roi en F1, même si l'on aime l'histoire d'un vaillant team outsider se présentant dans le Top 10 grâce à la performance d'un pilote opportuniste. Jules Bianchi n'était-il célébré pendant toute la semaine pour son exploit monégasque de l'an dernier?

Max Verstappen a prouvé depuis ses débuts en F1 être un pilote comme il n'en apparait que rarement dans une génération. Red Bull l'a compris, et a offert une formation accélérée complète à son poulain, n'ayant rien à envier au parcours suivi par un pilote plus âgé et ayant évolué en GP2 ou en FR3.5 pendant une paire de saisons. 

Verstappen n'est pas un pilote destiné à passer sur le siège éjectable à la moindre erreur et il le sait. 

Prêt pour la F1, prêt à apprendre de la F1

En de nombreux points, Verstappen a été mieux préparé physiquement et mentalement à la F1 que de nombreux réservistes ou titulaires comme Roberto Mehri (Manor), parti à la faute seul contre les rails ce week-end. Par chance, son caractère naturel lui permet également de savoir faire face à cette perception chargée d'a priori négatifs mieux que nombre d'autres individus.

Son égo et son attitude pouvant sembler je-m'en-foutiste sont renforcés par l'environnement volontairement protecteur mis en place autour de lui par Toro Rosso : Verstappen n'est pas un pilote destiné à passer sur le siège éjectable à la moindre erreur et il le sait. Il ne craint pas, comme d'autres pilotes, une sanction immédiate du corps exécutif de l'équipe, car son programme est défini sur le long terme et la tolérance de Red Bull a été clairement communiquée au jeune homme ; plus qu'elle ne l'a été à son équipier.

Il n'est par ailleurs pas comparé à Carlos Sainz Jr, lui aussi rookie F1, et débutant avec d'autres attentes derrière lui : Verstappen est évalué comme un diamant brut à tailler pour devenir, comme Vettel et Ricciardo avant lui, un fer de lance sur le long terme de l'équipe Red Bull. Au même stade de sa carrière F1, Sainz a beaucoup plus à perdre que Verstappen. 

Les critiques aident Verstappen

Concluons sur la suggestion que le programme Red Bull avait dès le départ prévu toutes les critiques nourries à la première occasion, et que cette énergie négative sera utilisée comme une formation accélérée pour permettre à Verstappen de devenir un pilote encore plus solide, plus difficile à toucher dans sa confiance, comme Hamilton à ses débuts.

Peu de pilotes de la grille peuvent se targuer d'avoir réalisé un impact aussi significatif dans la F1 moderne après 6 GP.

A l'heure où Ecclestone lui-même admet que des personnages comme Nico Rosberg n'aident pas l'image de la F1, Toro Rosso et le sport savent détenir quelque chose de spécial, qui ne laisse personne indifférent et touche un public plus large que la petite communauté F1.

La haine est un passage obligé avant de susciter l'amour dans de nombreux cas. Michael Schumacher, Fernando Alonso, Jacques Villeneuve, Lewis Hamilton et même Sebastian Vettel sont passés par là à leurs débuts dans un passé récent, avant de susciter une passion toujours ambivalente, mais ne laissant nullement insensible.

Peu de pilotes de la grille peuvent se targuer d'avoir réalisé un impact aussi significatif dans la F1 moderne après 6 GP que Max Verstappen.

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