Chip Ganassi, pas de blues pour le businessman

"J’aurais voulu être un artiste," clamait celui de la chanson. Ça n’a sans doute jamais été le rêve de Chip Ganassi – qui en est pourtant un d’artiste, dans son genre. Et ne se prive pas de faire son numéro.

Si Chip Ganassi a marqué l’IndyCar de son empreinte en qualité de propriétaire d’écurie, puisqu’il a remporté hier son onzième titre avec Scott Dixon, il fut auparavant un pilote qui se montra le plus rapide en qualifications pour ses débuts dans la catégorie, sur l’ovale de Phœnix en 1982.

Il disputa aussi à cinq reprises les 500 Miles d’Indianapolis, avec pour meilleur résultat une 8e place en 1983. Cette année-là le vit terminer 8e du championnat avec le trophée de “pilote ayant le plus progressé”.

De pilote à proprio

L’année suivante, après une belle 2e place à Cleveland qui resterait son meilleur classement, sa carrière fut brutalement interrompue par un énorme accident sur le superspeedway du Michigan avec de multiples blessures.

Se tournant vers l’activité qui allait faire sa réussite et sa fortune, il commença par s’associer avec Pat Patrick, prenant des parts dans l’écurie de celui-ci qui remporta le championnat 1989 avec Emerson Fittipaldi. Mais l’idylle ne dura pas et Ganassi partit voler de ses propres ailes dès la saison suivante.

Si Eddie Cheever ou Arie Luyendyk, les premiers pilotes de l’histoire du Chip Ganassi Racing, se montrèrent souvent à leur avantage sur les voitures arborant déjà la livrée “Target” (du nom d’une chaîne de grand magasins) devenue légendaire car indissociable de l’équipe, il fallut attendre l’arrivée de Michael Andretti et du châssis Reynard pour voir l’une d’elle s’imposer enfin.

Andretti, en passant

C’était en 1994 en Australie. Andretti était de retour en IndyCar après une saison calamiteuse en F1 chez McLaren, et de passage seulement avant de retrouver Newman-Haas dès que se libérerait une des places occupées par son père Mario et Nigel Mansell.

Un second succès suivit à Toronto, puis un troisième en 1995 avec Jimmy Vasser, mais sur tapis vert, à Portland. Mais le vrai déclic allait survenir l’année suivante, Ganassi ayant senti le bon filon en choisissant d’utiliser le moteur Honda arrivé à maturité après que d’autres l’eurent “déverminé”.

La magie Zanardi

Souvent dominateur, Vasser remporta le premier titre de l’écurie en 1996. Une saison de mise sur orbite pour son étonnant équipier Alessandro Zanardi – vite rebaptisé Alex –, rejeté de la F1 après un gros accident à Spa dans lequel il s’était brisé les deux chevilles en 1993. L’Italien devint la coqueluche de la discipline et de l’écurie, remportant deux titres à coups de victoires dans pratiquement une course sur deux en 1997 et 1998 avant de partir retrouver l’Europe et Williams.

Juan Pablo Montoya, “prêté” par le même Williams, se chargea d’apporter le quatrième titre à l’écurie dès ses débuts dans la discipline en 1999. Mais les choses se gâtèrent l’année suivante, Ganassi ayant tenté un nouveau pari en délaissant Reynard pour Lola et Honda pour Toyota.

Certes, Montoya aligna les poles en 2000 mais il ne vit pas souvent l’arrivée. Mais sa saison, comme celle de Ganassi, fut sauvée par une victoire aux 500 Miles d’Indianapolis où le Colombien ridiculisa les candidats régulier du championnat IRL – concurrent du CART.

Des paris, Ganassi en a tenté quelques autres comme de faire confiance en 2001 à deux jeunes pilotes qui avaient terminé l’année précédente aux deux premières places du championnat F3000 en Europe, et qui étaient donc totalement inexpérimentés aux USA : Bruno Junqueira et Nicolas Minassian. Tous ne furent pas couronnés de succès, mais on ne peut gagner à tous les coups.

Côté pilotes, toujours, il réalisa un gros coup en 2002 en récupérant un certain Scott Dixon, révélation de la saison précédente mais laissé sans volant par la banqueroute de son écurie. Ganassi aligna pour lui une troisième voiture cette année-là puis l’emmena la saison suivante en IRL, la lutte entre les deux championnats tournant en faveur de celui qui avait l’Indy 500 à son calendrier...

On connaît la suite. Dixon remporta le titre dès 2003 puis deux autres en 2008 et 2013 avant celui conquis hier à Sonoma. Dario Franchitti, que Ganassi avait engagé dans son écurie de NASCAR en 2008 mais avait fait revenir en IndyCar devant le faible financement et l’absence de résultats, en obtint trois autres en 2009, 2010 et 2011.

Faisons les comptes : cela en fait bien onze au total.

Penske peine à suivre

Si son écurie n’a sans doute toujours pas l’aura de celle de Roger Penske, le vent a bien tourné en sa faveur depuis les années 2000. Après les titres de Gil de Ferran en 2000 et 2011, ce dernier n’en a remporté que deux autres avec Sam Hornish Jr en 2006 et Will Power en 2014. Dans le même temps, les pilotes Ganassi ont coiffé la couronne à sept reprises...

Certes, il possède également, on l’a vu, une écurie de NASCAR (dans laquelle courut notamment Montoya), une autre en TUSC (plusieurs fois victorieuse des 24 Heures de Daytona) ainsi que diverses autres affaires. Mais le cœur de Chip Ganassi appartient à l’IndyCar. Ne semblant jamais rassasié, ce personnage rondouillard ne manque pas d’idées, voire de projets.

Le prochain ? On lui prête l’intention d’engager, conjointement avec son ancien pilote Jimmy Vasser (devenu lui aussi patron d’écurie avec le KV Racing), une voiture pour Alex Zanardi – qui perdit ses deux jambes dans un accident en 2001 mais a repris la compétition en sport auto et handisport – dans l’édition 2016 des 500 Miles d’Indianapolis, qui marquera le centenaire d’une des plus grandes courses du monde.

A propos de cet article
Séries IndyCar
Événement Sonoma
Circuit Sonoma Raceway
Type d'article Actualités
Tags dixon, franchitti, ganassi, montoya, penske, zanardi